sanstitre404

Un cerf-volant qui vole pas, un phare pour se réunir w/Anatole Chartier

Morgane Jouvencel Season 2 Episode 3

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On vit peut-être déjà un bout d’apocalypse, pas seulement dans les catastrophes visibles mais dans notre déconnexion sensible au monde, au vivant, au corps. Avec Anatole Chartier, jeune artiste basé à Paris, on met des mots sur ce que l’effondrement peut générer comme besoin, il essaie de créer des points de repère, de regroupement, des espaces pour pleurer ou pour danser, ou les deux.

Entre un phare qui lâche au sommet d'une montagne et un cerf-volant qui vole pas Anatole laisse voire invite l'erreur, l'echec comme partie prenante d'une tentative artistique. L'histoire est toujours plus intéressante si elle ne donne pas le résultat escompté, non ? 

Loin de se positionner comme ''l'artiste apportant la solution'', Anatole propose simplement des temps, des lieux, des signes, des nouvelles traditions afin de ne pas subir l'effondrement, mais pour y vivre. 

Dans cet épisode on parle aussi la réalité du travail entre statuts artiste-auteur, intermittence du spectacle, subventions, et la nécessité de s’organiser autrement quand les institutions culturelles se raréfient. 

Ce que j'avais également envie d'aborder avec Anatole, c'est l'approche collaboratif de ses pièces, de comment il s'est retrouvé à travailler avec des artisants·es et des danseurs·euses.

J'espère que cet épisode plaira, et qu'il apportera un peu de baume au coeur <3

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@anatolechartier

https://anatole.house/

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Les ref : 

Samy Lagrange

Agathe Bejerano

Tim Ingold

Musée d'Orsay

Mado Lizzi

The Play - collectif d'artistes

Margot Bernard

Mathis Esnault

Comment saboter une pipeline - Andreas Malm

Intro

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Bonjour

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et bienvenue dans 100 titres 404, un podcast qui donne la parole aux jeunes travailleuses de l'art. Ici, on explore les pratiques, les thématiques et les réalités du milieu à travers des échanges sincères et décomplexés. L'idée, c'est de partager des expériences et d'essayer de répondre aux questions qu'on se pose tous pour rendre ce monde un petit peu moins opaque. Je m'appelle Morgane Jouancel et je suis ravie de vous retrouver pour parler d'erreur et de l'effondrement dans le monde de l'art. mais de manière douce, en compagnie d'Anatole Chartier, un jeune artiste basé à Paris qui est fasciné par ce qu'il nomme les tentatives folles des humains. Bonne écoute à

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tous

UNKNOWN

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Présentation d'Anatole

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Je m'appelle Anatole Chartier. Ça fait trois ans que je suis sorti de l'école supérieure d'art de Poitiers-Angoulême. J'ai une pratique qui s'articule sur plusieurs médiums. Il y a de la sculpture, de l'installation et de plus en plus de la performance liées à la chorégraphie. Beaucoup d'objets sur lesquels je bosse sont plutôt pensés pour l'extérieur donc c'est souvent des grandes formes qui se déploient, se déplient et s'activent soit pour les humains soit avec les éléments. Il y a quand même une question assez récurrente je dirais qui est est-ce qu'on en est et est-ce qu'on va qui vient avant tout d'un ressenti personnel c'est par rapport à une situation globale qui paraît quand même assez catastrophique à plein d'échelles pour me rassurer moi-même et essayer de trouver des solutions quels objets je vais pouvoir imaginer qui vont permettre de se rassurer en fait par rapport à Premièrement, l'effondrement climatique. Deuxièmement, une forme de crise politique et de montée des fascismes. Et à travers toutes ces angoisses personnelles, comment, avec les petites mains d'artistes, je peux trouver soit des manières, soit des objets qui vont permettre de fédérer qui vont permettre de trouver des moments collectifs, qui vont permettre d'ouvrir des moments de discussion, ou juste des choses jolies et légères qui permettent aussi de se déconnecter un peu de ce flux d'informations et de ce flux de choses un peu terrifiantes qui nous arrivent au quotidien dans la tronche. Et récemment, ça commence à s'orienter de plus en plus, en fait, venant des arts plastiques et allant de plus en plus vers quelque chose de l'ordre des arts vivants, je me dis, en fait, les objets que j'ai construits, j'ai envie qu'ils évoluent dans des forme vivante de spectacle de temps de performance parce qu'en fait je peux pas écarter l'un de l'autre et une fois que j'ai construit les objets avec toutes les attentes que j'en ai ça n'a pas de sens de les arrêter et de les stocker et d'en raconter pour moi une histoire sur le papier j'ai aussi envie qu'il y ait un vrai échange avec le monde réel donc il y a plein de gens qui disent que ça ressemble à du design du coup parce qu'il y a une utilité de l'objet mais on peut dire du coup design spéculatif parce qu'il y a une utilité de l'objet qui est pas encore utile dans le présent mais peut-être dans un possible et ça touche aussi à la chorégraphie au spectacle vivant de manière plus générale et ça va être des objets plastiques inutiles donc il y a un truc purement des arts plastiques donc j'essaie de me débrouiller dans toutes ces influences et d'essayer d'avoir une étiquette parmi

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8 ou

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d'avoir 8 étiquettes et d'essayer de contacter tantôt la draque des arts vivants tantôt la draque des arts visuels tantôt une scène nationale tantôt un frac et genre à des temps en mode, salut, c'est peut-être possible, ou

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pas. Non, mais c'est donc pour ça. En fait, c'est pour viser plus de subventions, tout simplement. En

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fait, c'est pour la thune avant tout. Ouais. Pour le bénef. Nice. Non, parce qu'en France, quand même, on est réputé pour mettre chacun un bien à sa place. Donc, je pense que ce n'est pas forcément la meilleure des stratégies pour avoir de la thune. Même si, je constate que ça peut être intéressant d'avoir le profil hybride par excellence. C'est peut-être de plus en plus à la mode. Donc, ce n'est pas volontaire de ma part, mais je me dis, ça peut être...

Les subventions et le statut artiste auteur

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ça peut être à mon avantage, tant mieux, parce que ça ne l'a pas été pour beaucoup trop de gens avant moi.

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Pour faire ça, est-ce que ça nécessite différents statuts Ou tu peux tout faire sous l'étiquette

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artiste-auteur Tu peux faire beaucoup de choses sous l'étiquette artiste-auteur, mais en fait, là, c'est je commence à me confronter aux questions de structuration et d'association, parce que tu ne peux pas payer... Il y a une limite de gens que tu peux payer en tant qu'artiste-auteur, notamment des interprètes-performeurs, et qui est très petite. et en fait très vite tu tombes dans le cadre de l'intermittence du spectacle et donc t'as une grille salariale et t'as des cachets à faire avec une certaine voilà c'est du travail administratif de comptabilité donc j'en suis en plein dedans pour voir comment tout ça peut s'organiser et il y a aussi la volonté peut-être d'inscrire un peu une méthode de travail un peu à plus long terme de création d'objets imaginer un récit à partir de cet objet et après essayer de le diffuser dans le milieu à la fois des arts plastiques et à la fois des arts vivants rendez-vous dans 10 ans

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quoi ouais ouais rien que ça en fait complètement revoir le système de fonctionnement de la culture voilà exactement un petit projet du dimanche soir ouais du dimanche soir clairement toi et moi on va parler d'effondrement et d'apocalypse mais pour commencer j'aimerais que tu dessines un peu l'apocalypse selon toi genre par exemple c'est quoi sa temporalité à quoi elle ressemble et

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qu'est-ce qu'elle a en genre allez j'ai

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envie d'être

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drama un peu vas-y c'est ton épisode

L'apocalypse aujourd'hui

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pour moi je crains qu'on est déjà un peu dedans sans le savoir Ça va être entre le discours boomer et le discours catastrophiste. Mais pour moi, il y a dans la déconnexion des individus à un environnement naturel non anthropisé, il y a déjà une forme d'apocalypse peut-être. Ou en tout cas, même dans une déconnexion sensible, même si ce n'est pas juste « je vais caresser les plantes », mais juste une déconnexion sensible d'un mode de vie qui te coupe complètement, urbain souvent, et de travail et d'intensité et de stimulation constante. Peut-être que là, il y a déjà un truc d'apocalypse on a loupé un truc en tout cas on a effacé quelque chose et si on n'essaye pas de repenser la manière d'interagir avec le monde et ben on va être dans le pire empire parce qu'en fait on va pas y retourner de nous même parce qu'on va je pense dans une volonté de confort et dans une volonté de vitesse et dans une volonté de et j'en suis le premier à être friand enfin je Mais en fait, pour moi, il y a déjà une part d'effondrement de ce qui pourrait nous nous extraire de ça qui se passe en ce moment. Après, je suis quand même de nature positive et je me dis Hey, il y a encore plein de gens qui sont pas encore complètement qui ont encore du rêve et de l'espoir et des choses positives à proposer. Que ça se passe à l'échelle du militantisme, à l'échelle artistique ou à l'échelle du petit geste du quotidien, mais pas le petit geste de je vais éteindre le robinet en avant les mains, mais plutôt un truc, je sais pas, de l'ordre un peu humanisé, de penser aux autres. Voilà, c'est ce qui me permet de me dire on est dans l'apocalypse, mais on n'est pas dans le pire down de ce qui peut nous arriver. Après, j'ai l'impression de vivre au quotidien en sachant que c'est la dernière année on va vivre de telle, tu vois, une forme de confort, tu sais, qu'on va s'éloigner au fur et à mesure de ce qu'on a connu dans notre enfance, de tout ce luxe énergétique sur lequel on a glissé pendant un quart de siècle, tu vois, en tout cas à notre échelle de vie et ça c'est particulier je trouve de vivre dedans alors est-ce qu'elle est l'apocalypse bah dans l'aspect fictionnel je me dis ouais l'apocalypse ça va être de la zade partout et des grosses tensions entre partis fascistes et des groupements indépendants mais en fait il y a un monde ça sera ça mais c'est peut-être ça c'est peut-être dans 50 ans dans 150 ans tu vois peut-être on va pas le connaître ou alors c'est dans 30 ans pour moi en fait l'apocalypse ça va être un point de tension à tous les niveaux et ça ça me fait flipper j'ai peur de le connaître et je me dis vas-y c'est peut-être pas déconnant à l'inverse de groupements masculinistes qui s'entraînent dans la forêt peut-être qu'entraîner mais d'une autre manière dans des temps justement dans des projets d'organisation collective de lieu qui s'habitue à fonctionner par lui-même il y a de l'auto-formation enfin un peu une sorte d'utopique qui n'est plus tant une utopique que ça en fait pour plein de gens mais à petite échelle donc je sais pas j'ai peut-être un peu divagué mais... En tout cas, ça me rassure de penser ça, de me dire qu'il va y avoir ces points de tension qui vont s'exacerber. Ça va être à la fois très riche humainement et à la fois très dur. Je pense que ça va être très intense. J'ai peur de l'attendre aussi. Je trouve ça un peu malsain de me dire « Oula, mais de toute façon, on ne peut pas l'éviter, donc on y court tout droit. » C'est une sorte de fiction que je me projette en mode « Vas-y, si ça arrive, tiens trop après et pense-y dès maintenant. » Et à la fois, je ne le souhaite pas du tout. Je me dis qu'il y a un monde la gauche arrive, comme en Espagne et comme le maire de New York qu'il y a des petits trucs quand même positifs qui peuvent un peu bien se passer et peut-être une prise de conscience internationale je pense qu'il y a des meilleurs scénarios mais au quotidien quand même on a quelques infos qui disent que ça va pas sentir

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bon

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quoi t'as rien à y perdre d'être dans la prévention quoi non tant que ça devient pas d'une forme de cynisme je pense ça va mais c'est interdisant parce que très vite moi ça me désole à plein d'endroits aussi tu vois t'es en mode mais qu'est-ce que je vais pouvoir faire de tout ça quoi enfin est-ce que je me fous dans ce bazar surtout quand tu sors d'une école et que t'as plein de rêves et qu'en fait tu te rends compte que le monde de la culture tel qu'on l'a connu ces 40 dernières années il disparaît que l'accès au savoir et à la culture déjà qui est défini par plein de biais plus ou moins problématiques déjà pour être plus clair en gros t'arrives aussi dans un environnement culturel qui est très blanc et privilégié et comment enfin je sais pas je sais pas d'où je venais mais toutes ces désillusions Ouais. J'ai pas de chute à cette phrase. Il m'a dit un truc, j'ai rebondi et après j'ai

SPEAKER_00

oublié. C'est parti. Si je comprends tu voulais en venir, c'est bien de prévenir cet apocalypse parce que déjà, on n'y prépare pas. Parce que la bulle des Beaux-Arts, c'est un sacré cocon bien éloigné de la

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réalité.

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Et effectivement, comment tu te places là-dedans, surtout en tant qu'artiste, qui paraît pas être non plus un rôle à tenir dans la société qui va réellement changer les choses, de manière purement... Non.

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En fait, quand tu sors, tu as cet espoir-là de dire oui, je vais être quelqu'un de reconnu, je vais m'inscrire dans ces codes institutionnels. Et puis après, tu as la réalité et tu as aussi vont tes désirs et par rapport à une forme d'urgence à plein d'endroits, comment tu as envie vraiment de faire ta vie. Et bien en fait, ouvrir un lieu ou organiser des choses avec d'autres gens, au final, ça peut aussi faire partie d'une pratique et être quelque chose qui peut-être à une autre échelle peut être beaucoup plus important pour plein de choses. je pense qu'il y a plein de réponses possibles à cette angoisse mais c'est vrai que la sortie d'école et les écoles globalement ça nous pousse pas à ça mais c'est en train de changer je pense de toute façon les écoles vont disparaître

SPEAKER_00

ouais c'est

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ça donc au final il y aura plus de problèmes merci Rachida

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bah après c'est sûr que l'éducation qu'on reçoit au Beaux-Arts elle est purement individualiste à aucun moment on nous dit de penser en groupe et de on nous motive jamais ou en tout cas on nous met pas dans la direction de si vous vous mettez ensemble vous avez beaucoup plus d'impact

SPEAKER_02

bah Ou même d'énergie. Moi, je découvre le fait de travailler en binôme ou de travailler avec des interprètes. Et en fait, ça te fait pousser des ailes. Même en termes de dynamique. La personne, elle peut aussi se prendre une charge du projet. Elle est force aussi de propositions et d'idées. Et en fait, c'est chouette d'avoir des idées à soi et de défendre quelque chose à soi. Mais ça peut être tellement porteur aussi d'aller divaguer un peu à plusieurs sur des sujets et des choses qu'on a envie de montrer. C'est incroyable. Moi, je regrette de ne pas avoir vécu plus ça au Beaux-Arts. Le pouvoir de l'amitié Bah oui, et même du contexte un peu spécifique du travail, t'es pas obligé d'être méga pote, mais juste, il y a des dynamiques de travail qui marchent bien, même sans grande amitié.

SPEAKER_01

Et

SPEAKER_02

moi, j'aime beaucoup ces dynamiques-là, en mode, bah, on n'est pas super potes, et ça se trouve, on va juste bosser ensemble sur un projet, mais par contre, il y a un sujet sur un point, ou une manière de faire, ça marche vachement bien. Ça fait beaucoup de bien aussi, quoi. C'est moteur, c'est

SPEAKER_00

stimulant. Surtout quand tu gardes en tête que l'être humain, il n'est pas fait pour être seul, quoi. Il y a une question de survie, en fait.

SPEAKER_02

On a besoin des autres. Ouais, ouais. et puis tu peux pas être artiste tout seul non plus avec l'armande tu vas montrer

SPEAKER_00

à qui tes peintures on est pas porté sur le collectif par l'éducation qu'on reçoit mais par contre effectivement comme tu dis il y a de plus en plus de changements et ça se voit surtout depuis le confinement je crois t'as eu énormément d'assos et de collectifs qui se sont formés ça a pris quelques années mais maintenant les collectifs c'est devenu ultra trendy tu vois dans les institutions donc petit à petit

SPEAKER_02

de toute façon elles ont toujours des années de retard ce que je comprends il y a une inertie tu vois mais je pense qu'on est aussi on va arriver nous dans nos générations à des endroits Il ne va plus falloir compter là-dessus sur ces institutions-là. Je me tire une balle dans le pied en disant ça, mais je préfère me préparer dès maintenant à faire sans qu'à essayer de me forcer à faire avec, avec de moins en moins de budget public, et me battre contre des gens que j'aime pour le même petit budget de rien du tout qui va me permettre juste de faire notre pièce. Au bout d'un moment, ça veut dire que dans le fond, il y a une autre manière de penser. Il y a des gens qui diront qu'il faut se battre, et je ne suis pas contre, et qu'il faut revendiquer ses budgets et l'importance d'alimenter ce système institutionnel. Mais en tant que personne qui n'ait pas vécu l'âge d'or de l'argent public, de la culture en tout cas subventionnée, dès maintenant, je me dis, vas-y, on va faire sans. En tout cas, je ne vais pas attendre trop longtemps de ces institutions-là.

SPEAKER_00

Tu as bien raison. On a divagué. Je vais nous recentrer, même

Parler la langue de l'apocalypse ça veut dire quoi

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si c'est très intéressant. Parler une langue, c'est la comprendre, c'est l'utiliser, et principalement à des formes communication Dans ton travail, les questions de, entre guillemets, parler la langue de l'apocalypse. Donc je voulais savoir ce que ça voulait dire.

SPEAKER_02

C'est une phrase de

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Samy,

SPEAKER_02

ça. Tout à fait. Parler la langue de l'apocalypse, on en revient un peu à la question de tout à l'heure. Pour moi, c'est un langage que personne n'a aujourd'hui, parce que c'est quand même... je sais pas, c'est une image de la fin, de la fin de quelque chose, de la fin du monde qu'on se fait, et tout le monde a son interprétation, il y a l'interprétation biblique initiale, tu vois, qui est genre la plus grandiose et cataclysmique, mais parler la langue de l'apocalypse, c'est plutôt essayer de trouver, de n'importe quelle manière possible qu'il soit, une manière de communiquer, même quand tout se casse la gueule, quand tout s'effondre, enfin, il y a un truc de parler la langue de l'apocalypse, c'est coûte que coûte, à coup de bricole, et d'objets totems et d'objets symboliques d'essayer de trouver un commun dans le chaos peut-être ok sans prétention c'est un peu ce à quoi j'aspire avec mes pièces c'est venez on se regroupe un peu genre Samy il avait dit faire corps ou sauver sa peau tu vois ce grand poète et ça moi c'est moteur c'est un gros moteur je trouve ça difficile à tenir en tant que En ce moment, je m'y perds un peu et je ne sais plus trop j'en suis à ce niveau-là, mais je sais que c'est quelque chose qui me porte quand même profondément, de me dire qu'à plein de petits endroits, le phare que tu as construit, par exemple, il va pouvoir être posé et il va servir comme un foyer ou un feu. Parce que c'est de la lumière qui tourne et que l'objet est un peu aérien et qu'il prend de la place, qu'il est assez haut, ça va être un point de rassemblement naturel, comme ça pourrait être un arbre ou en haut d'une montagne. J'essaie de poser, d'essayer de comprendre les principales dynamiques initiales de pourquoi les humains ils se regroupent et ils sont ensemble donc la langue de l'apocalypse c'est à travers des objets chelous plus ou moins totémiques et symboliques d'essayer de recréer des moments pour faire face à tout ça, en fait, dans la parole, dans le récit, dans des histoires, dans des contes, que ce soit des espaces propices à ça, quoi. Et peut-être qu'un jour, on trouvera une langue commune, tu vois. C'est un discours universaliste un peu fatigué, mais il y a de l'espoir.

SPEAKER_00

Est-ce que tu souhaites ouvrir un dialogue Et si oui, comment, quoi Donc, t'y as un petit peu répondu en faisant justement ces points de rassemblement et qui assouviscent un certain besoin dont tout le monde aura la nécessité, quoi, une fois qu'il y aura tout

SPEAKER_02

disparu. Ouais. En fait, moi, j'ai peur d'avoir à aussi la prétention de l'artiste qui a la réponse tu vois j'ai pas du tout envie de tomber dedans mais je me dis la meilleure place que je puisse avoir en tant que mec blanc qui a grandi à paris c'est plutôt que de proposer des grands objets qui vont répondre à tout dans des textes qui vont répondre à tout c'est d'essayer de faire des tentatives un peu moyenne de choses un peu casse gueule un peu bricolé ou au moins ça va ouvrir des espaces il ya des gens qui vont pouvoir s'exprimer ça ouvre une place à des minorités fin tu vois des sortes d'estrade de hey je vais pas je vais arrêter de vous tunnel parce qu'on a fait ça pendant 2000 ans et du coup en essayant d'être un peu humble je vais essayer de proposer des objets qui vont ouvrir des espaces quoi en profitant de ma position d'être en mode hey j'ai fait un truc qui prend de la place qui se voit on va m'écouter parce que je suis un mec blanc mais par contre je vais pas parler juste tu fais de la place ouais après c'est hyper prétentieux dans un autre sens mais je me dis c'est peut-être dans la volonté que j'ai un peu mégalo de faire des grands objets des gros trucs ça va peut-être la meilleure position que je peux adopter sans être Jean-Michel mes couilles sur la table tu vois pour

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parler poliment j'entends je pense que c'est propre à toute personne qui fait de la sculpture de vouloir faire des gros trucs et

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prendre de la place un peu un peu mais c'est pas la même chose quand c'est Anatole Chartier de Montreuil que enfin tu vois quand même faut savoir d'où on parle ça me fait peur qu'on pense que j'apporte des solutions ou que j'arrive j'arrive avec les objets magiques qui vont tout régler quoi au contraire moi j'aime enfin on en discute avec Samy j'aime plutôt beaucoup la version de putain c'est un objet un peu casse-gueule il y a plein de tentatives qui n'ont pas trop marché mais il y a eu des tentatives et genre ça au moins il y a une histoire l'objet il a une histoire et je préfère plutôt cette idée de tenter, essayer, quitte à ce que ça rate et c'était la grande aventure que j'ai eu avec les cerfs-volants, c'est que c'est chiant de ouf à faire voler un cerf-volant quand tu le fabriques

SPEAKER_01

toi-même

SPEAKER_02

du coup en fait c'était un apprentissage de l'échec absolu et j'ai pas dit mon dernier mot là-dessus mais un cerf-volant qui vole pas c'est rien quoi et pareil pour la structure du phare en temps ségrité une structure en temps ségrité qui est mal réglée ça se casse complètement la gueule donc je crois qu'en fait dans ma volonté de faire des trucs un peu grandioses et tout ça le plus fun c'est que la plupart du temps ça se casse la gueule ça marche pas donc j'espère que ça va pas être une métaphore de ma carrière mais je crois que c'est une lecture que j'aime bien et qui est beaucoup plus détente que waouh il joue avec les éléments et il est traversé par le vent et enfin tu vois un truc beaucoup plus romantique une lecture beaucoup plus romantique qu'on pourrait avoir de mon taf qui en fait plaît à des gens de 50 et 60 ans et qui rassure plein de gens mais c'est plus fun je trouve de l'imaginer comme un gars un peu fou qui fait des trucs qui marchent à moitié mais qui sont quand même jolis de temps en temps

SPEAKER_00

mais t'es posé un petit peu ces questions bah parler de la fin du monde parler de ces choses et notamment de la question climatique je pense par héritage de ce qu'on nous inculque au Beaux-Arts et même dans la vie en général si tu fais un truc ça veut dire que t'apportes une réponse

SPEAKER_01

et

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donc si t'as tort t'es une sacrée merde alors qu'en fait ça c'est un truc qu'on nous transmet de manière plus ou moins directe alors qu'en fait personne n'attend de nous qu'on apporte une réponse les gens savent que déjà les artistes ils sont un peu à côté de la

SPEAKER_01

plaque

SPEAKER_00

une fois que j'ai compris que ce que j'apportais c'était pas des réponses mais c'était ma vision d'un truc que parfois j'invente totalement c'est libérateur tu te dis c'est cool Oui, je parle de climat, mais ça ne m'empêche pas d'utiliser de la résine ou de faire des trucs qui ne sont pas top pour le climat. Je ne sonne pas une alarme pour dire, réveillez-vous, sinon on va tous mourir. Enfin, on va tous mourir, c'est comme ça, c'est OK. Et du coup, moi, je dis, c'est cool aussi de voir d'autres choses, même si on n'est pas là. Et puis, tant pis, puisque le principal, ce n'est pas de se dire, il faut vraiment que j'ai raison, il ne faut pas que je me gourre. Parce que déjà demain, tu ne peux pas avoir... Raison sur un truc qui ne s'est pas encore produit

SPEAKER_02

Et puis qui touche 7 milliards de personnes Tout

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à fait Et puis il est le plaisir là-dedans Et si on fait ça c'est parce qu'on aime créer Donc si t'as pas la partie M Bah c'est C'est un peu chiant quoi Bah ouais on

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s'emmerde Donc voilà C'était mon aparté Bah ouais Ouais Je sais plus ce que je voulais

SPEAKER_00

ajouter, mais... Du coup, avec ce que tu m'as dit, ça fait que j'étais à côté de la plaque pour quelques questions que j'ai rédigées. Non, mais vas-y, je suis curieux, en vrai. J'avais compris, dans parler la langue de l'apocalypse, c'était d'essayer de concevoir l'apocalypse comme une entité, ou plutôt comme un hyper-objet potentiellement doté de capacités de communication. Ou en tout cas, de signaux émetteurs, tu vois. Que ça soit pour communiquer ou non. Genre, je pensais, par exemple, à... Tu sais, les petits détecteurs Geiger là, pour voir si un truc est radioactif t'as une transmission d'informations mais c'est pas à but de dialogue, c'est juste pour signaler dans l'état

SPEAKER_01

quoi

SPEAKER_00

et il y a pas mal de questions que j'ai rédigées dans ce mood

SPEAKER_01

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écoute de toute façon je les ai écrites donc je vais te les poser et puis on verra pareil j'ai fait une petite phrase pour l'amener comprendre l'apocalypse et lui parler est-ce que c'est parce que t'aimerais pouvoir négocier avec ou plutôt qu'elle nous dise comment l'accepter et comment il prospérait

SPEAKER_02

après pour moi c'est plutôt comment l'accepter c'est comme la plupart des pièces que j'ai faites il y a quand même l'idée de l'objet balise un peu alors attends il y avait quand même le truc à la base des objets transducteurs qui permettent de communiquer entre les individus et une entité un peu supérieure que ce soit le vent enfin de relier quand même en tout cas les éléments aux

SPEAKER_00

individus

SPEAKER_02

ça ça vient après t'inquiète ok yes mais je pense que dans l'idée de l'objet balise comme le phare comme la harpe éolienne, comme les cerfs-volants, parce qu'il y en aura un jour. Dans ces idées-là, il y a plutôt... l'idée de on va s'adapter et en fait on va imaginer des objets qui vont nous permettre de communiquer dans la tempête quoi donc c'est plutôt comment l'accepter et prospérer je dirais parce qu'en fait ça va nous tomber dessus dans ma tête dans la projection que j'en fais on y est on y va genre les pieds devant du coup à partir de ce postulat il va falloir trouver des solutions quoi donc autant dès maintenant penser des points de rassemblement des points de ralliement de nouvelles manières de communiquer et des nouvelles manières d'exprimer des émotions des nouveaux rituels, des nouveaux endroits pleurer, des nouveaux endroits se réfugier. Je le conçois plutôt comme ça, dans ce langage-là.

SPEAKER_00

Dans ces trucs de ralliement, justement, et de communication, est-ce que tu puisses dans ce qui existe déjà, genre dans des cultures, dans des civilisations et tout, ou c'est plutôt une invention

SPEAKER_02

Je pense que c'est des trucs sur lesquels je suis tombé de manière assez aléatoire, sans les référencer clairement, mais... C'est quand même des choses qui paraissent assez évidentes d'aller sur un point élevé et diffuser un signal lumineux, s'élever très haut dans le ciel pour passer un message, faire du bruit et déambuler avec du bruit pour annoncer l'arrivée de quelque chose. Je pense que ce sont des trucs qui sont assez basiques. C'est pour ça aussi que c'est important pour moi de me dire que ce sont des trucs qui ont toujours existé depuis la nuit des temps. Je me dis que ça peut être intéressant de les réapproprier. C'est un peu inconscient. Je me dis que ça Ça me paraît logique. C'est presque des objets que j'aurais envie qu'ils interviennent dans ma vie, comme des personnages un peu de récits qu'on te compte. Et c'est des choses que, moi, j'aimerais voir intervenir dans la vie, un peu de réenchantement du réel, tu vois. Et du coup, je pense que c'est des trucs assez bateaux, au final, dans ce que ça invoque comme mécanique, tu vois, en mode, oui, il a fait un phare. Un phare, ça sert à se repérer dans l'obscurité. Franchement, c'est des trucs basiques, quoi. Et c'est aussi où, moi, j'aime bien ces objets, c'est qu'il y a une simplicité de lecture... en fait ça le rend accessible aussi et le but c'est qu'ils soient un maximum accessible ces objets c'est le cerf-volant ça c'est l'enfance et les jeux sur la plage mais ça peut aussi être un signal de détresse absolue mais du coup il va y avoir plusieurs niveaux de lecture mais quand même tout le monde sait ce que c'est un cerf-volant dans le monde entier depuis 2000 ans le phare pareil c'est en mode c'est joli un phare c'est pour les bateaux machin mais en fait ça peut aussi être un signal d' alerte parce que il ya un groupe isolé et qu'ils annoncent une présence bas il ya de la sécurité parce Est-ce qu'on voit de la lumière qui tourne à une fréquence certaine Ça peut être aussi des sonorités qui rassurent. Il y a beaucoup de la volonté de se rassurer dans cette affaire. Et du coup, persévérer dans l'apocalypse, c'est aussi s'appuyer sur des objets qui ont, comme tu disais tout à l'heure, leur propre manière de communiquer. Mais du coup, c'est entre eux plutôt. Ou de eux à humains, et du coup, on arrive dans les transducteurs.

SPEAKER_00

Oui, il y a quand même une notion un peu d'universalité, d'aller vers des choses entre guillemets simples pour être sûr que tout le monde comprennent

SPEAKER_02

quoi ouais clairement et du coup c'est tout ce qui est un peu le défi aussi c'est de jongler entre un objet facile un objet évident qui se repère simplement et avec quand même une spécificité ou une histoire ou une esthétique qui le décale un peu et qui en fait que c'est un objet bizarre ou un objet pas de notre époque et ça en vrai c'est un challenge marrant presque de design de penser le truc en mode il a une utilité il raconte son histoire avec ses utilités mais il faut pas non plus que ce soit juste l'archétype de sa fonction

SPEAKER_00

Tu parles et tu produis autour de la notion d'apprendre à écouter. Ouais. Et l'écoute, elle peut se faire de plein de façons différentes. Est-ce qu'il y en a une sur laquelle tu te concentres principalement

SPEAKER_02

Je

SPEAKER_00

vais dire un truc méga bateau. Vas-y. L'écoute de soi. Écouter son corps.

UNKNOWN

En vrai

SPEAKER_00

Si les humains faisaient ça

SPEAKER_02

plus, ce serait une société différente. On dirait mieux. Du coup, je me dis, c'est méga bateau comme réponse, mais en vrai, les premiers trucs que je faisais, c'était avant tout moi-même pour essayer de me reconnecter à mon corps, dans un truc de stimulation extérieure qui vient me faire bouger, pour essayer d'être à la fois dans une écoute très sensible de l'extérieur qui intervient sur mon corps et à la fois aussi être très connecté à mon corps parce que je ne sais pas comment l'extérieur va l'influencer. Je ne sais pas si c'est clair. Je pense que la volonté initiale, c'était ça, ça venait d'une volonté personnelle de me dire je me sens quand même vachement loin de mon corps dans un premier temps et comment je vais essayer d'imaginer des manières d'aller le stimuler physiquement, sensoriellement et suite à ça il est apparu plein d'autres angoisses par rapport au futur et du coup tout ça se mélange mais peut-être en ce moment ça touche plus aux émotions maintenant que j'ai compris comment mon bras il bougeait c'est peut-être maintenant que j'ai envie de savoir qu'est-ce que ça fait de pleurer et comment évacuer des émotions et on dirait que dit comme ça que je suis hyper distant de tout ça. Je trouve ça assez excitant de se poser ces questions-là qui paraissent un peu innées, de savoir comment bouger, savoir comment pleurer, trouver des endroits pour pleurer. Mais en fait, c'est cool aussi d'en imaginer des nouveaux ou en tout cas d'essayer des trucs.

SPEAKER_00

Je ne trouve pas qu'on sente une distance quand on parle. En tout cas, je ne le perçois pas trop comme ça. Au contraire, ça demande une proximité assez

SPEAKER_02

conséquente. Oui, mais je crois que j'aimerais bien revenir à ça plus parce que c'était un peu la motivation initiale d'objets qui touchait un peu au centre

SPEAKER_00

du corps. La performance et le costume que tu avais fait avec le sable, c'était un des premiers trucs justement dans cet

SPEAKER_02

ordre-là Ça faisait partie, ouais. Je pense que ça a été déjà une étape plus sensible encore, plus dans la micro-sensation. Mais à la base, c'était juste l'expérience de m'accrocher les poignets à un cerf-volant qui vole tout seul et de voir ce que ça fait, comment ça fait bouger les membres. Et aussi un truc que je n'ai jamais publié sur les réseaux sociaux, ou l'un

SPEAKER_00

Oh my god

SPEAKER_02

une exclu C'est une perf que j'avais fait Même pas une perf, une expérience que j'avais fait A Poitiers De m'accrocher à un chien Un gros mollusque Avec un jeu de poulies Et en fait en bougeant dans l'espace, ça marchait moyennement Mais en bougeant dans l'espace Il faisait bouger mes bras et mes jambes Du coup il y avait vraiment un truc En plus j'étais habillé tout en noir Il y avait un truc à la limite du SM Presque en violence Aller faire rebouger le corps quoi C'était assez ouf comme expérience parce que du coup, tu es dans une sorte de liaison directe avec un truc qui peut te faire partir le bras ou la jambe ou machin. Je ne l'ai fait qu'une fois. Je pense que c'était un peu le premier instinct de « Hey, je vais essayer de me remettre en mouvement intérieur. » Je pense qu'il y avait de

SPEAKER_00

ça. Qu'est-ce qui est important pour toi dans le fait

SPEAKER_02

d'écouter ou de s'écouter justement Deuxième phrase bateau. Parce que si tu n'es pas capable de t'écouter, tu ne peux pas écouter les

SPEAKER_00

autres. C'est beau ce que tu dis.

SPEAKER_02

trop chiant l'interview non mais ce qui m'intéresse c'est de plus en plus de créer des environnements et des manières de s'écouter donc des cadres en fait on revient à l'objet qui crée un cadre et comment t'arrives dans un flux du quotidien dans un environnement de l'hyperstimulation comment t'arrives et c'est quoi ton rôle d'artiste de mettre un point d'orgue et un endroit les gens s'arrêtent et se posent et s'écoutent ça c'est un peu un goal quoi si ça marche avec ces objets pour moi c'est une super réussite le peu de fois on a activé le phare il y a eu vraiment ces moments de suspens qui moi me font donner du sens à tout ce que je fais quoi en mode arrêtez-vous deux secondes et venez on respire un peu quoi c'est le but du coup c'est presque pré-apocalyptique quoi du calme avant la tempête je

SPEAKER_00

dirais ouais j'allais dire la

SPEAKER_02

même chose de s'accorder un calme avant bah ouais un moment de réflexion en tout cas ouais et du coup si en plus de ça ces objets ils peuvent être porteurs d'autres récits c'est une masterclass moi ça me ravit en tout cas c'est ce qui me touchera le plus

SPEAKER_00

ce que comprend le monde c'était motivé par l'angoisse

SPEAKER_02

de l'effondrement je pense que comme je disais tout à l'heure à la base il y a vraiment une quête assez intime de reconnexion à moi-même dans les performances et d'aller un peu stimuler des sensations qu'on n'a pas l'habitude de se recevoir et de savoir ce que ça fait en fait de l'ordre de l'expérience physique et en fait ça glisse de plus en plus vers peut-être que ce sentiment de déconnexion il est pas propre qu'à moi et sûrement pas du coup comment je peux essayer de l'ouvrir au maximum de gens et comment ça peut parler à un maximum de de gens, et on m'a souvent dit, oui, mais c'est toi qui fais les expériences et les performances, les gens, ils peuvent pas savoir ce qui est vrai, et du coup, comment ça peut être des objets plutôt pour transférer ces angoisses-là et essayer de les vivre plus collectivement, en tout cas, de les traverser plus collectivement.

SPEAKER_00

Tu veux transférer tes

SPEAKER_02

angoisses Ben ouais, c'est ça, c'est que je fais de l'art un peu, non

SPEAKER_00

Non mais ok

SPEAKER_02

ouais c'est cool. Super sympa le gars. Non mais en tout cas c'est pas transférer les angoisses c'est trouver des outils et des canaux pour les canaliser et un peu aussi les diluer dans le collectif, dans le groupe.

SPEAKER_01

De

SPEAKER_02

se dire, tiens, on peut se reposer sur cet objet-là parce qu'à la fois, il nous rassure et à la fois, il nous permet de ne pas traverser ça tout

SPEAKER_00

seul. Aussi, il faut partir du principe que même si on aimerait, en fait, on n'est pas unique. Et du coup, s'il y a une pensée un jour qui t'a traversé, tu peux être sûr que ça a traversé le cerveau de quelqu'un d'autre aussi, au

SPEAKER_01

moins

SPEAKER_00

d'une autre personne. Donc, c'est vrai que profiter d'un espace d'exposition, par exemple, pour mettre des mots sur une angoisse, ça peut aussi rassurer d'autres gens qui se disent « Ah, mais il y a d'autres gens aussi qui ont peur de ce

SPEAKER_02

truc-là. » C'est cool, ça. Je suis persuadé. Oui, et à la fois, il y a plein de fois je me dis… Moins tu parles, mieux ça sera. Parce qu'en fait, chacun aussi reçoit la pièce à sa manière. En fait, ça va pouvoir aller soulever des endroits dans les émotions des gens qui sont multiples. Parfois, j'ai envie de blablater un max et dire que c'est exactement ça que j'ai ressenti en faisant ça. Et parfois, je suis en mode, on ne va pas trop causer parce que les gens ont aussi besoin d'espace pour traverser la pièce. C'est compliqué de savoir se foutre dans tout ça. Surtout quand tu as des pièces qui sont très... explicites et qui ont une forme un peu aboutie et en fait t'as presque plus besoin d'ajouter de mots parce que sinon en fait ça sera déjà trop déjà la pièce c'est presque trop parce qu'elle est déjà hyper carré dans le sens souvent je vais trop loin et j'ai envie de tout définir et de tout préciser mais on m'a souvent fait la reproche et à raison de laisser de l'espace aussi aux gens, au public qui se la

SPEAKER_00

réapproprient dans tous les cas ils vont se l'approprier que tu le veuilles ou non que tu cadres

SPEAKER_02

au maximum le

SPEAKER_00

discours et que tu travailles très très proche de la médiation et tout, à un moment donné, les gens, ils vont juste regarder le taf et ils vont en tirer ce qu'ils veulent

SPEAKER_01

en tirer.

SPEAKER_00

Oui, c'est vrai. Mais après, moi, personnellement, de ce que j'ai appris, c'est que certes, les gens vont faire leur lecture, mais ils vont aussi avoir envie de ton point de vue. Ils veulent savoir qu'est-ce qui lui est passé par la tête vers un cerf-volant qui ne marche

SPEAKER_01

pas.

UNKNOWN

Oui.

SPEAKER_01

Alors

SPEAKER_00

là, j'ai un petit scénario à te proposer. Donc, si on part du principe que c'est bon, on a bien fait les séances duolingo de l'effondrement, et maintenant on maîtrise la langue. Qu'est-ce qu'on entendrait et qu'est-ce qu'on se dirait par ce langage

SPEAKER_02

Nous deux

SPEAKER_00

Pourquoi pas

SPEAKER_02

C'est assez pessimiste, mais moi j'avais des mots-clés comme pleurer, se réfugier, se rassembler. Un peu du vocabulaire de la catastrophe et de l'urgence, mais qui soit dans un fond assez rassurant, de se dire qu'on n'est pas tout seul. C'est ça comme vocabulaire que j'échangerais. Se réunir, chanter, danser. C'est un peu la dernière solution, c'est un peu le dernier geste qu'on puisse faire. Donc on va s'envoyer des mots-clés comme ça et essayer de traverser ça ensemble. Je me rassure moi-même,

SPEAKER_00

mais ouais. Bon, on en vient

Les transducteurs d'Anatole

SPEAKER_02

enfin à tes

SPEAKER_00

objets. Aïe, aïe, aïe. Donc dans tes productions, on trouve des objets que tu nommes transducteurs.

UNKNOWN

Oui.

SPEAKER_00

qui sont à activer. Le corps, souvent, il est impliqué dans l'affaire, et les éléments comme le vent en sont parfois essentiels. Donc la question de capter les flux, de rendre un invisible alors perceptible, c'est là-dedans que se trouveraient les éléments de compréhension de l'effondrement.

SPEAKER_02

Disons que je suis parti du postulat de me dire quand on a essayé de tout comprendre et de tout analyser et qu'en fait un peu la politique de la dernière chance c'est genre maintenant qu'on a essayé de tout écouter et de trouver toutes les solutions possibles est-ce qu'on va pas se référer à la chose la plus essentielle et qu'on ne maîtrise pas encore à l'échelle de la planète qui sont les vents même si en fait le réchauffement climatique modifie les grands courants de vent mais on ne les maîtrise pas pour autant et du coup c'était un peu tiens si on revenait au basique du basique du basique du basique depuis le début de la planète Terre, le vent en plus on peut pas le voir et en plus à l'échelle d'une dizaine de mètres, une bourrasque, tu vas jamais la voir arriver, enfin il y a un truc de l'imprévisible et du chaotique je me dis bah en fait quand c'est le chaos est-ce qu'il faut pas écouter le chaos quoi un truc t'es dans l'incertitude totale et si t'essayes de te faire guider par ça bah peut-être que tu vas trouver une solution au chaos, je sais pas c'est ma lecture du truc et je me dis du coup en essayant de revenir à cette essence là, enfin revenir à l'essence des choses, les nazis aussi ont voulu le faire, donc il y a aussi des limites à cette manière de penser, mais essayer de revenir à des essentiels comme le vent, par exemple, ou la gravité, ou des choses vraiment qui nous animent au quotidien, peu importe l'être vivant qu'on est, et bien c'est peut-être une manière de trouver des réponses, de passer par ces sensations-là, c'est peut-être une manière de trouver des réponses, ou de se remettre les pieds sur terre en tout cas, enfin je sais pas, au moins de se reconnecter putain je vais devenir prof de yoga

SPEAKER_00

est-ce que tu pourrais nous dire ce que ça veut dire transducteur

SPEAKER_02

alors un transducteur à la base c'est un petit outil électronique qui sert si je ne m'abuse si je ne dis pas n'importe quoi de transmettre un signal électronique à un signal physique donc dans la matière peut-être que je dis n'importe quoi ça m'était venu dans la tête je sais que Tim Ingold il en parle des transducteurs qui a écrit des super textes notamment sur les cerfs-volants tiens tiens tiens et l'imprévisibilité des cerfs-volants et le transducteur c'est quelque chose qui va transmettre pour moi dans une autre lecture du mot tel qu'il est composé trans et ducteur c'est entre un élément et un autre il va permettre la communication et du coup peu importe l'état de cet élément il va être trans donc au-delà de la frontière. Enfin, il va être au-delà de cette limite. Donc, transducteur, il va permettre de transmettre de l'information, en fait, peu importe l'émetteur et le récepteur. Et du coup, ça me paraissait assez logique dans un contexte tu ne sais pas à qui tu t'adresses et tu ne sais pas d'où tu parles, d'utiliser ce mot-là, parce que au moins, tu as la volonté de communication, quoi. Et elle est à toute épreuve,

SPEAKER_00

puisqu'elle est trans. Donc, est-ce que ce seraient des données comme un signal sonore qui témoigne d'un état d'une présence ou plutôt une transmission d'informations en attente de réponse.

SPEAKER_02

La première, c'est

SPEAKER_00

quoi, pardon C'est comme un signal sonore qui témoigne juste d'un état, tu vois, ou d'une présence. Comme je te disais tout à l'heure avec le capteur de radioactivité, tu vois. Ouais, ouais, ouais. Pareil, le phare qui, en soi, c'est juste une lumière émise. Ouais, ouais.

SPEAKER_02

Pour moi, il y a un peu l'idée de la bouteille à la mer, quand même. Enfin, il y a un peu l'idée de coûte que coûte, on va envoyer des datas et on va voir qui va arriver, en fait. Si tu fais tourner le phare au milieu d'une montagne, qui est-ce que ça va attirer Aussi, dans l'idée de la dernière chance et du dernier geste, la dernière tentative, au moins, il y a une tentative. Même si elle est désespérée, il y aura un signal qui sera émis et il y aura peut-être une chance supérieure à zéro qu'il se passe quelque chose de positif. Pareil avec la harpe, le son de la personne qui porte la harpe, que tu t'entends arriver ou que tu t'entends de loin, ça fait partie d'un signal de repère. Il est tellement bizarre et tellement pas naturel que quand tu l'entends, tu te dis qu'il faut aller dans cet endroit-là, ou alors fuir, vous avez différentes perceptions, mais il y a quand même la volonté d'émettre un signal, d'alerte ou juste de

SPEAKER_00

présence. T'aimerais un jour avoir une de tes pièces qui serait simplement posée quelque part, sans transmettre d'informations aux gens qui pourraient la croiser et sans même savoir si des gens la croiseront

SPEAKER_02

j'aimerais trop, j'ai un rêve d'une pièce c'est un peu une galère et peut-être un jour

SPEAKER_00

quoi t'as une idée de pièce que c'est une galère

SPEAKER_02

incroyable elle n'y croit pas je vais finir par faire des trucs

SPEAKER_00

simples

SPEAKER_02

oui oui je te crois dessus non alors soit proposition 1 c'est de faire une sorte de d'émetteur radio qui diffuse un message en boucle à courte distance ça ça me ferait triper et du coup travailler ce message ou autre possibilité et ça c'est la fameuse pièce compliquée c'est La foudre, quand elle frappe le haut des montagnes, il arrive qu'elle brise le crâne des statues qu'il y a en haut des montagnes, parce que c'est les points les plus hauts. Et du coup, il y a plein de récits de coques d'église décapitées ou fondues, et aussi de crânes de statues de vierges qui sont en haut des montagnes. Et je trouve ça tellement badass que je me dis, ça serait ouf d'imaginer une sculpture qui soit sur le long terme, posée en haut d'une montagne et qui se fasse sculpter par la foudre. Là, on est vraiment dans la sculpture qui subit tout court. Il n'y a plus de message à transmettre. Si, il y a un gros message à transmettre qui est la vulnérabilité, la vanité de l'être. Mais il y a moins ce message d'aller appeler au secours ou en tout cas de diffuser une info. Il y a plus l'idée d'un objet qui reste dans le temps et qui se fait traverser par la force de la nature je sais pas si j'ai répondu à la question

SPEAKER_00

si si grave mais c'est vrai qu'effectivement ça sortirait de ta DA parce qu'il n'y aurait pas un dialogue lancé ce serait vraiment un geste qui ne concerne personne d'autre que finalement toi c'est un pur kiff mais

SPEAKER_02

c'est bien aussi mais pardon la question c'était est-ce que poser une pièce un jour que personne verrait

SPEAKER_00

tu m'as dit plutôt tu pourrais pas forcément surveiller ou avoir de retour dessus tu vois imagine tu fais de la randonnée et puis t'as décidé de déblayer un chemin qui n'existait pas enfin tu vois des gestes comme ça qui restent anonymes mais à l'échelle de ta pratique artistique justement créer un phare un petit peu plus solide et le laisser et pas le documenter.

SPEAKER_02

Il y a un monde il finit comme ça. Même la chaise qui tourne avec la voile derrière, c'est des objets qui sont faits pour être un peu abandonnés, voire anonymisés. Je n'ai pas encore cette solution-là, cette réponse à ça, parce que j'aime bien aussi que les interventions soient éphémères et que ce soit des choses que tu peux déplier et remballer, et que ce soit nomade, qui est l'idée du moment, en

SPEAKER_01

fait.

SPEAKER_02

Partager, et que du coup, la pièce se prête à un temps et après tu l'enlèves et ça reste juste dans la mémoire des gens. Et derrière, c'est juste du récit. Ça, ça me plaît. Il y a quelques images, des histoires à raconter et ciao.

SPEAKER_00

Est-ce que pour toi, interpréter des signaux,

SPEAKER_02

c'est déjà une forme de langage Oui, mais ce n'est pas un dialogue. Si tu les interprètes juste... Je pense que tout le monde fait ça. Tout le monde essaie d'être un peu à l'écoute des signes de la vie ou si tu vois un truc volé ou un truc qui te traverse la vision tu te dis qu'il y a un signe. Je pense que ça, ça appartient. C'est assez universel peut-être pas et est-ce que c'est déjà de l'ordre du langage oui mais du coup c'est un langage très intime chacun du coup a sa propre lecture de ça et interprète ces signes à sa manière, donc c'est peut-être un langage très personnel, je ne sais pas si c'est très clair. Je pense qu'il y a des... Dans les signes qui apparaissent, il y a plein de religions qui ont tenté de trouver des réponses à tout ça, à des catastrophes de la vie, à des manières de se rassurer. Je ne sais pas ce que tu entendais par ces signes-là, ou en tout cas ces choses qui peuvent nous

SPEAKER_00

arriver. Par exemple, tu vois, je pensais à ta harpe qui émet un son dès que le vent active.

UNKNOWN

Ouais.

SPEAKER_00

et imaginons quelqu'un l'entend justement ça te fait comprendre qu'il faut soit s'en approcher soit s'en éloigner dans cette interprétation quand t'as pas les clés de lecture est-ce que c'est pas quand même une forme de langage parce que t'en comprends un peu ce que tu veux quoi ou en tout cas t'en comprends ce que tu peux c'est comme tu sais le début de google traduction quoi c'est ultra maladroit et c'est mot pour mot alors qu'une langue se traduit dans un

SPEAKER_01

contexte

SPEAKER_00

mais du coup c'est une forme de langage parce que il y a quand même un

SPEAKER_02

message il y a quand

SPEAKER_00

même un message

SPEAKER_02

qui est passé alors Il y a une tentative de dialogue dans un langage qui n'est pas défini, ça c'est sûr. C'est pour ça que la grande question autour de ces pièces-là, c'est qu'est-ce que j'en raconte Quel est le récit autour C'est parce que la harpe, en vrai, je la projette dans un environnement les gens connaîtraient ce son-là, voire ce serait un son rassurant puisque c'est le son d'une personne qui passe des messages qu'on entend arriver au son de cette part. Du coup, je la vois plutôt comme un élément rassurant et du coup, un élément de langage parce que l'entendre, c'est au savoir qu'on n'est plus seul. En tout cas, il y a des informations, il y a de l'extérieur qui vient à nous.

SPEAKER_00

En parlant de ta harpe, tu en as rapidement parlé tout à l'heure, des formes plutôt sous l'approche plastique et design de tes pièces. Et leur but, ça semble provenir d'un futur en ruine, mais usiné quand

SPEAKER_01

même.

SPEAKER_00

Selon toi, est-ce que c'est pour annoncer le désastre ou plutôt une ode nostalgique à un monde fini

SPEAKER_02

Il y a un peu des deux. Moi, j'ai envie de défendre le fait que c'est pas parce qu'on aura moins d'énergie et moins d'outils techniques à notre portée qu'on va faire des objets moches de tout temps. On a su faire des trucs merveilleux avec des moyens très limités, mais juste avec une sorte de savoir-faire précis et du temps. Donc... il y a cet axe je me dis j'ai envie de garder espoir et de me dire les objets du futur ils seront j'espère beaux tu vois comme un vélo de facteur il peut être super beau dans sa technique nous on a l'habitude de le voir tu vois mais en vrai il est super efficace il est jaune il claque tu vois il y a quand même des gens qui se sont penchés sur le fait qu'un facteur c'était identifiable et c'était un repère pour plein de gens c'était l'arrivée de nouvelles et tout ça les costumes ils étaient travaillés et tout donc je me dis ça a toujours existé donc je vois pas pourquoi ça disparaîtrait et aller ressusciter l'esthétique du post effondrement bricolé ça m'attire moins même si ça peut avoir son charme mais je me dis oh s'il y a un futur éclaté au mur autant qu'il est du style quoi si on douille tous autant qu'il y ait quand même des objets du quotidien il y a des gens qui ont passé du temps et qui vont devenir symboliquement aussi des objets auxquels on tient et qui sont forts je sais pas j'ai pas d'exemple précis mais comme tu peux voir des vieux objets qui sont des objets qu'on sait du quotidien mais il y avait quand même une attention portée sur sa force mais sur son usage et sur sa dégaine quoi j'aime bien me projeter en me disant que même si ça sera assez chaotique il y a encore des gens qui vont passer du temps à faire des belles choses en tout cas même si on n'aura pas des techniques de découpage laser ou alors peut-être que si mais on pourra découper au laser que une heure toutes les semaines parce qu'on aura l'énergie suffisante pour concentrer ça et se dire bah voilà on va faire cet objet il sera davantage plus précieux puisqu'il a utilisé une technique d'avant qui nous coûte énormément d'énergie enfin c'est je me dis je justifie un peu cette attention à l'esthétique de l'objet parce que aussi ça le rend précieux de manière un peu universelle et globale en mode hey c'est un bel objet Genre, on voit qu'il y a eu du travail dessus. Et c'est pour ça que c'était aussi intéressant de bosser avec des gens qui travaillaient, des artisans de l'aluminium et tout ça, parce que c'était des choses que j'aurais pas pu faire moi-même. Et il aurait plus ressemblé à un truc bricolé de l'effondrement si je l'avais fait moi-même. Et là, j'avais vraiment presque envie d'un objet usiné industriellement qui dise « Non, non, c'est rentré dans le quotidien d'un futur,

SPEAKER_00

quoi. » De rebondir sur cette question, justement, de

Faire appel aux autres

SPEAKER_00

faire appel à d'autres gens qui s'y connaissent dans ces techniques-là. Tes œuvres, elles sont collectives dans le sens où, bah déjà, il faut parfois être plusieurs pour juste les trimballer ou même pour les activer. Mais aussi parce qu'il t'arrive de faire appel à d'autres domaines et d'autres savoir-faire, comme des artisans ou des professionnels, pour ne serait-ce que les concevoir et ensuite de les produire. Est-ce que c'est par choix Est-ce que c'est par nécessité Est-ce que c'est par coïncidence Aussi, comment tu procèdes quand tu as besoin justement de cette aide extérieure

SPEAKER_02

Ça a toujours existé, le fait que les plasticiens ou les artistes fassent appel à des gens compétents dans des techniques, dans des ateliers d'artistes il y avait des personnes qui avaient des savoir-faire très précis et qui n'ont pas forcément été nommées à la fin, mais qui ont quand même fait une majeure partie du taf. Je pense que des gens qui étaient extrêmement compétents dans le mélange des pigments, dans la composition des couleurs, je pense qu'il y en a eu des milliers des gens comme ça qu'on n'a jamais forcément cités. Du coup, je trouve ça assez normal de faire appel à des gens qui ont ce savoir-faire technique puisque dans le temps d'une vie, tu ne pourras jamais acquérir tout ça. Et à la fois, je trouve que ça me fait plaisir de mettre aussi, en tout cas dans la perception que les gens ont de l'œuvre d'art, de faire honneur à des gens qui ont un savoir-faire de fou malade. On oublie que souder l'alu ou en tout cas que le moindre objet qu'on a dans les mains au quotidien, c'est une sorte de maîtrise technique monstrueuse. Et genre toutes les étapes de confection d'un verre Duralex, tu vois. Et je trouve que faire des objets dits des objets d'art qui font appel à des techniques qui sont presque industrielles et maîtrisées et très bien maîtrisées je trouve que c'est aussi rappeler aux gens qu'on est habitué à une sorte d'excellence technique tout autour de nous et que c'est bien de se rappeler que c'est pas normal en fait il y a des hectares et des hectares d'usines en Chine qui ont des savoir-faire ultra spécifiques et qu'on a développé une sorte de compétence de façonnage à toutes les échelles qui est monstrueuse et du coup en fait ça me fait plaisir d'appeler des gens qui ont ces savoir-faire parce que j'ai un peu un regard d'enfant en mode mais on sait faire ça quoi et on sait bien le faire il y a un côté cadeau la personne elle a pas l'impression de faire un geste artistique mais en fait t'as quelque chose d'hyper précieux enfin pour moi ça rajoute vraiment de la précieusité à l'objet quand t'as le passage entre plusieurs mains d'un objet c'est classe quoi et j'essaye au maximum dans les dossiers que je fais dans les cartels de dire bah voilà il y a l'atelier qui a fait la réalisation aluminium il y a la luthière Agathe Begerano qui a intervenu euh

UNKNOWN

Au revoir.

SPEAKER_02

sur l'aspect plutôt conception globale ça fait sens aussi et ça fait du bien je pense aux gens qui sont pas forcément initiés à l'art contemporain de se dire bah au moins il s'est posé des questions et il est allé chercher d'autres gens et ça permet aussi de rester dans une forme d'humilité en tant que plasticien ou ok t'es sculpteur mais y'a des gens ils sculptent vachement mieux que toi quoi et en vrai maîtriser la soudure alu, maîtriser le pliage du métal maîtriser l'émaillage du métal ou la céramique bah en fait à chaque fois c'est 7 ans de travail et j'ai plutôt un comportement et un cerveau qui arrive pas à se focus sur un seul truc donc si j'ai envie de faire des objets un peu différents et complexes et ben en fait c'est un régal de pouvoir s'appuyer sur des gens qui ont fait ce travail quand j'ai reçu la structure de la harpe j'étais en mode le cadeau quoi ça me paraissait inconcevable d'avoir une pièce aussi propre en vrai

SPEAKER_00

quand tu sais que tu vas avoir besoin de faire appel par exemple

SPEAKER_02

pour la harpiste comment est-ce

SPEAKER_00

que t'as mis en place ce partenariat pour les personnes qui sauraient

SPEAKER_02

pas faire la luthière je la connaissais depuis très longtemps parce qu'on avait fait du théâtre ensemble quand j'étais petit et en fait c'est un pur hasard de rencontre il se trouvait qu'elle avait installé son atelier à l'endroit il y avait une résidence qui encourageait les artistes à rencontrer les artisans locaux et du coup je me suis dit mais en fait c'est le moment ou jamais d'imaginer un soit je sais plus si je pense que l'idée m'est un peu venue en même temps que ce lien quoi tiens il y a cette résidence tiens il y a cette luthière que je connais mais à qui j'ai pas parlé depuis 10 ans qui est je me suis dit bah c'est le moment aussi de s'amuser sur un objet et de se faire plaisir et d'imaginer au début on voulait le faire en bois on voulait le réaliser tous les deux puis en fait je me suis aussi confronté à la dure réalité de l'artisanat en fait un violon ou une viole tu mets trois mois pour le réaliser et trois mois on y passe tous les jours et donc on s'est dit aussi ah c'est peut-être pas déconnant de faire ça avec une descente de gouttière en alu et l'atelier de soudure du coin quoi c'est venu un peu comme ça je me suis dit trop bien enfin un appel à résidence il y a de base la volonté de faire d'aller bosser avec des gens qui ont du savoir-faire. Les artistes ont plein de savoir-faire, je suis persuadé, mais qui ont un savoir-faire spécifique et un peu sur une petite partie de la technique. Et après, ça a évolué. Au début, je voulais le faire en bois. Après, je me suis dit que ce serait cool de le porter sur le dos. Après, la forme en aluminium, elle est née de moi qui délirais sur un logiciel de 3D. Après, le gars, il m'a vu dans les usines des coupes d'alu, il m'a dit, ça, ça ne va jamais tenir, donc tu vas le repenser. Donc, j'ai redessiner l'objet. Et en fait, du coup, il a quelque part participé à la création de la forme finale il a eu un regard dessus et merci de pas m'avoir jugé à arriver avec mon objet chelou dans son usine tu vois, mais en fait ça se retrouve avec la danse aujourd'hui aussi de bosser avec des gens qui ont un savoir-faire qui ont une forme de spécialité moi qui n'en ai pas, je trouve ça hyper riche parce que tu peux, t'as beau venir avec une idée assez précise, ils vont te confronter aussi à la réalité et à leur réalité de corps qui a travaillé qui connaissent soit le corps soit la matière et du coup bah en fait ça remet aussi les projets artistiques dans la vraie vie j'aime bien

SPEAKER_00

Un peu dans la même vibe que le scénario imaginaire de tout à l'heure. Dans le texte de Samy, il y a un moment il parle de nouvelles manières d'être au

SPEAKER_01

monde.

SPEAKER_00

Et donc, ces nouvelles manières d'être au monde que tu proposes, qu'est-ce qu'elles donneraient dans un quotidien Genre, ça ressemble à quoi Une journée dictée par les messages de tes transducteurs.

SPEAKER_02

Pour moi, c'est pas des trucs du quotidien, mais c'est plutôt des objets auxquels on va... Comme une forme de divinité tranquille non mais pas de divinité mais d'objets comme l'église ou comme des objets qui symbolisent une présence un peu spirituelle dans la vraie vie et du coup c'est des objets que tu vas aller chercher et activer de temps en temps du coup il y a vraiment la question du rituel en tout cas pour le phare c'est ça pour le dispositif avec la cire qui coule c'est aussi ça de l'ordre d'un moment qu'on prend ensemble pour se reposer et se retrouver comment ça s'inscrit dans le quotidien et bien pour moi justement ça existe sans que plus personne n'y prête attention comme une église en fait comme des bâtiments comme la fontaine du village comme c'est des choses qui finalement le but c'est qu'elles soient le plus diluées dans le quotidien possible et que ce soit de l'ordre du rythme de la vie de tout le monde quoi le phare il va veiller et il veillera tu vois et on s'y retrouve de temps en temps de temps en temps on le sort pour l'emmener à un autre endroit et faire une sorte de procession la harpe c'est un personnage qui va passer de village en village donc on va être habitué à son cycle et du coup il n'y a plus rien de spectaculaire c'est plus le but, le dispositif avec les larmes, le dispositif avec le sable le spectacle, la pièce de danse avec le sable aussi c'est des choses qui tous les ans par exemple vont s'activer et ça sera un moment pour commémorer les pleurs de l'année ou décharger une anxiété généralisée et du coup ils s'inscrivent plutôt à cet endroit-là. À quoi ça ressemble C'est un monde il y a juste des propositions de nouveaux rituels ou de nouvelles choses qui existent déjà aujourd'hui, mais juste c'est des nouvelles propositions qui s'adaptent aussi peut-être à un monde un peu moins stable.

SPEAKER_00

Ça se posterait un peu comme des repères, en fait, mais des repères qu'on ne remarque plus, comme tu dis, les églises ou les... Je ne sais pas pourquoi, mais ça ne me fait que me faire penser... Je crois que c'est le premier mercredi de chaque mois, tu sais, il y a la qui

SPEAKER_02

est terrifiante quand t'es petit en vrai tu te dis ça et je vais mourir quoi et en fait aujourd'hui tout le monde considère ça comme tout à fait normal et bon après moi je dirais pas qu'elle me rassure toujours cette sirène parce que j'ai toujours l'impression qu'on va se faire

SPEAKER_00

bombarder tu l'oublies

SPEAKER_02

en fait parce qu'il y a un tel délai entre deux apparitions et bah je pense qu'il y a de ça après plus que quelque chose qui est subi moi ce qui me plaît d'imaginer c'est que ce soit quelque chose vers lequel les gens vont quoi enfin quand même qu'il y ait Et une action... Un peu comme un culte religieux, en fait, tu y vas parce que c'est un endroit tu vas retrouver tes pères, c'est un endroit tu vas pratiquer quelque chose ensemble, même si tu ne fais pas du tout le même job, ou tu n'es pas du tout de la même classe sociale. Et ça, en vrai, peut-être je dois ça à mon arrière-grand-père qui était pasteur. Un rapport spirituel au monde.

SPEAKER_00

Ce n'est pas pour rien que ça a autant cartonné, les religions. C'est quand même un super moyen de réunir les gens, de rien. Et surtout que les rituels ou alors même les guidelines de comment mener sa vie, c'est rassurant

SPEAKER_02

bah ouais c'est bien foutu c'est pour ça que ça marche depuis si longtemps mais du coup sans prétention je pense que j'ai un peu la volonté d'aller ajouter dans un monde sans croyance et en tout cas d'aller dessiner mes propres rituels et pas ma propre religion parce que tout ça n'a pas encore enfin n'a pas de sens il n'y a pas de grand récit dans tous les objets pas de grand récit commun mais en tout cas d'aller essayer de trouver des objets comme ça qui sont des objets repères des objets balises ouais c'est c'est le but

SPEAKER_00

quoi il n'y a pas de mal à s'inspirer des outils qui fonctionnent

SPEAKER_02

quoi c'est sûr et puis en vrai les cathédrales ça claque quoi en vrai ah c'est stylé les champs religieux bon il y en a qui sont un peu fatigants mais il y a aussi des super champs religieux qui en vrai sont hyper puissants enfin quand même c'est pas pour rien aussi que ça cartonne depuis 2000 ans quoi voire plus beaucoup plus

SPEAKER_00

j'avais eu cette

SPEAKER_02

pensée à deux moments de

SPEAKER_00

ma life une fois je crois que c'était devant une immense peinture je crois de la René Peut-être au musée d'Orsay. C'était la première fois que j'y allais. Je crois que j'avais déjà commencé mon parcours au Beaux-Arts. Tout ce vieil art, ça ne me touche pas. C'est vieux et revu. Mais à un moment donné, j'étais devant une immense peinture. Mais magnifique très religieuse mais juste trop belle la technique parfaite et tout et je me suis dit en vrai je suis un paysan internet n'est pas un mot qui existe mon quotidien est rythmé par aller prendre les oeufs traire les vaches et travailler les champs et je vois ça mais je vais croire en tout ce qu'on me dit en fait bah ouais ça claque et je m'étais dit ça aussi devant effectivement les bâtiments religieux c'est une prouesse technique c'est un truc qui te dépasse tu te dis mais à quel moment un être humain comme moi pourrait faire ça

SPEAKER_01

ouais Ça

SPEAKER_00

mène à croire en quelque chose de plus grand que soi. Mais oui, c'est sûr qu'il y a certaines choses comme ça qui apportent une douceur, une humanité à des objets ou à des points géographiques. C'est ultra puissant,

SPEAKER_01

quoi.

SPEAKER_00

Et en parlant de douceur, je suis DJ Transition, comment tu vois le fait de garder de la douceur et de la lenteur en abordant un sujet aussi angoissant et imminent de

SPEAKER_02

l'effondrement. Et comment tu fais Parce que le film Catastrophe, on l'a trop vu. J'ai envie qu'on m'explique le scénario possible, mais j'ai pas envie qu'on me raconte des histoires tristes, en fait. Je pense qu'on a besoin de tout l'inverse, au contraire. Peut-être que je suis d'un naturel assez doux, déjà, de base, mais si j'ai bien un truc que j'ai envie de revendiquer, c'est cette tendresse-là, c'est cette fragilité-là, et si on s'y confronte pas, on va pas pouvoir affronter ça avec l'épée levée. Au contraire, je pense que c'est des situations écologiques qui vont être tellement cataclysmiques qu'il y a une entraide qui va juste exister. Parce qu'on n'aura pas le choix. C'est ce qu'on voit quand il y a des cyclones qui balayent des régions entières. Tu ne vas plus râler sur ton voisin parce que tu ne l'aimais pas avant. Il y a un truc il est en train de crever. Tu vas y aller parce que c'est de l'ordre de la survie de l'espèce. Du coup, je me dis à quoi ça sert de faire du discours violent et cataclysmique alors qu'on sait très bien que dans des situations d'urgence les individus ils s'entraident mais plus plus quoi parce que du coup c'est comme si t'as dépassé l'ordre sociétal et culturel et que t'étais en mode non non survie de l'espèce on dépasse on est un peu au delà de tout ça et s'il y a bien un truc qui politiquement est important à revendiquer pour moi c'est ça quoi c'est de me dire au moins il va y avoir du soutien et de l'écoute et de la douceur dans ce monde d'après et si les objets ils peuvent être à la limite du kitsch un peu en mode ouin ouin on se rassemblent, en vrai, moi, ça me plaît. Lors de la lamentation, ça fait du bien, en vrai. Là, ce qu'on est en train de bosser avec Mado sur la pièce avec les danseurs et les danseuses et la performance avec le sable, c'est qu'on a envie, même si le discours de base, c'est quand même une pluie de sable qui nous alourdit et qui nous surstimule et qui devient insupportable et qui nous a servi, l'idée, c'est qu'à la fin, les danseurs et les danseuses, ils s'en extraient et qu'il y ait une invitation plus globale à quelque chose de la danse et de la joie et du chant, tu vois, et qu'on en dans quelque chose de purement joyeux et festif c'est quelque chose qui est encore plus aujourd'hui important de revendiquer d'être en mode ça se trouve ça va être la cata mais il y aura encore des espaces de soins il y aura encore des espaces pour pleurer ils vont être de plus en plus importants et ça va peut-être être mieux à certains endroits sur le plan social au moins on va un peu aller au-delà de mon voisin je l'aime pas parce que ou putain tel pays on les aime pas parce que et ça c'est peut-être pas déconnant ça va faire du bien

SPEAKER_00

je voulais un petit peu parler de posture en tant qu'artiste parce que justement t'abordes des notions comme moi qui sont sur des choses assez conséquentes comme le désastre climatique. Donc comment est-ce que tu te places en tant qu'artiste par rapport à ça Est-ce que tu souhaites prévenir, préparer ou simplement documenter ce qui s'effrite

SPEAKER_02

Préparer, je pense. À la base, dans une volonté très égoïste de moi m'aider à me projeter et de me dire, tant qu'à faire cette démarche-là, autant penser un peu plus global et imaginer des objets un peu plus universels. C'est ce qui s'est passé dans la chronologie des pièces. C'est au début vraiment une quête un peu perdue et au fur et à mesure de me dire ouais en fait ça parle à pas mal de gens donc peut-être c'est bien d'aller dans cette direction et du coup plutôt préparer voir juste dans le fait de moi-même essayer de me projeter que les gens au moins ils se disent hey ça serait cool si dans le futur il y avait des objets de la sorte qui existaient ou en tout cas même si ça sera sûrement pas ça ça me permet de me projeter dans quelque chose ça me donne un point d'ancrage quoi dans le

SPEAKER_00

futur c'est lancer une bouteille à la mer

SPEAKER_02

quoi complètement complètement et vaut mieux ça que juste couler dans l'océan quoi, en vrai Au moins, tu ne te rateras pas un petit truc qui

SPEAKER_00

flotte. Au moins, tu tentes

SPEAKER_02

quelque chose, quoi. Ouais, ouais, c'est ça. Clairement, clairement. Et encore une fois, sans prétention d'avoir quelconque réponse. Juste déjà, pour moi, ça me chille un peu plus. Et le peu de moments on a activé ces pièces-là, je suis en mode, ben voilà, ça fait plaisir parce que ça fait du bien, bêtement. Et c'est des trucs assez basiques, tu vois. Lire une histoire au pied d'un truc qui fait de la lumière, ben en fait, c'est hyper agréable. Comme le feu, comme... Mais c'est comme un peu le rituel d'un... d'aller au théâtre ou au cinéma et de s'enfermer dans une salle noire, il y a des chouettes émotions qui sortent. Ça fait du bien, collectivement. Sans prétention. J'ai passé une bonne

SPEAKER_00

soirée.

SPEAKER_02

Si ça peut être ton métier, de faire ça, c'est plutôt cool. C'est chic. En tout cas, c'est excitant. Je préfère ça que poser des pièces dans des espaces blancs. Ça m'excite un peu plus, en vrai. Il y a plein d'émotions qui peuvent être véhiculées dans des pièces dans des espaces blancs. Dans l'ordre de l'expérience vécues ça me plaît bien parce que dans la musique et dans la danse tu vas pouvoir quand même amener pas mal de monde et dans des espaces blancs c'est un peu plus difficile d'amener du monde et moi j'aime bien quand même que mon taf il ait une certaine accessibilité

Références Échecs Fertiles Et Conseils

SPEAKER_02

est-ce que tu aurais des références à donner si peu franchement s'il y a bien un truc sur lequel je suis pas bon c'est ça c'est pas en mode c'est

SPEAKER_00

quoi tes références bilan

SPEAKER_02

beaux-arts tu vois j'ai jamais réussi à répondre à cette question m'angoisse pour moi les références que j'ai je sais pas si j'ai des noms très précis mais c'est les tentatives folles en vrai des humains des projets un peu titanesques ou juste qui étaient voués à l'échec mais qu'il y a quand même des gens qui se sont dit hey je vais passer ma vie à faire ça ça franchement c'est plutôt de l'ordre du récit individuel de vie des gens tu vois mais ça peut être juste construire un truc dans ton jardin comme je sais pas aller sur la lune mais pas forcément dans la prouesse du dépassement de la technique et de la performance, mais juste une sorte de cette croyance un peu à toute épreuve. Je pense que c'est ça qui m'inspire le plus, que je trouve le plus beau, tu vois, en mode personne t'a demandé de faire ça. Mais par contre, tu vas y passer ta vie. C'est parce que t'as envie. Et ça, en vrai, je trouve ça assez classe. J'en ai parlé dans mon mémoire de... Il y a un collectif japonais dont je parle tout le temps. C'est clairement une de mes deux références, je pense, qui s'appelle The Play et qui développaient l'art et la manière de faire des choses inutiles quand même pas mal et en groupe qui étaient tous artistes mais qui avaient des jobs alimentaires et c'était grave entendu et ok par exemple ils ont assemblé pendant 5 étés d'affilée avec des potes une sorte de pyramide géante avec des rondins de bois pour attraper la foudre et il y a des photos qui documentent ça sur un mont au Japon et en fait ça a jamais marché ils ont juste trippé quoi et j'étais en mode mais franchement il y a quoi de plus beau au final qu'ils ont passé un bon moment avec des amis ils ont eu un rêve des plus enfantins tu vois en mode on va attraper la foudre ça n'a pas marché et du coup je suis en mode vous allez gagner quoi l'histoire de l'échec elle est encore plus belle que si ça avait marché et qu'il y avait une super image de la foudre en fait ça aurait été kitsch et un peu chiant mais en fait comme ça n'a pas marché ils ont juste le droit de revendiquer qu'ils ont kiffé faire ça et ça c'est pas mal comme ça ça me plaît ou alors ils ont marché pendant une semaine face au vent le but c'était de marcher face au vent peu importe partout tu allais quoi ou ils ont suivi un troupeau de moutons pendant plusieurs jours tu vois une sorte de volonté de l'absurde aléatoire et en vrai je pense que eux c'était dans les années 70 ça a paru à des moments le Japon il était en full explosion technologique du confort matériel et tout ça et je pense que un peu comme aujourd'hui ils étaient en mode oh la la nous on va revenir à des trucs absurdes et un peu bateau enfin un peu simple et léger et ça en vrai ça me touche ça me touche beaucoup ça va de ces gestes un peu grandiose à je sais pas des éboueurs moi j'en vois parfois qui récupèrent des trucs au fur et à mesure de leur carrière et qui ont genre leur chariot rempli de petits objets qu'ils ont trouvé dans la rue en vrai ça me touche trop je suis en mode putain personne t'a demandé de faire ça et en fait tu cultives ça pour toi et ça te fait du bien ça me suffit et je trouve ça me touche beaucoup du coup peut-être que c'est ce à quoi j'aspire quitte à faire des objets bizarres qui vont pas tourner toute ma vie Peut-être qu'un jour, il y a quelqu'un qui regardera ça et qui se dit « Ah, il s'est bien fait chier, quoi. » Et franchement, je serais content. En tout cas, à la base, c'est des objets qui me font plaisir. Donc, c'est le but. Et si je peux un peu me casser les dents dessus, c'est encore plus drôle. Parce que l'histoire, elle est plus marrante à raconter quand ça ne marche pas que quand ça marche. Enfin, à la fois j'ai essayé de faire voler un cerf-volant qui était beaucoup trop lourd et que je suis allé exprès jusqu'à une grande ville tout seul dans le train fait avec de l'osier et des pièces imprimées en trois et qui s'est éclaté la gueule genre il y avait beaucoup trop de vent et le cerf-volant mais il s'est cassé dans tous les sens et j'étais au bout de ma vie mais franchement elle est beaucoup plus drôle que si j'y étais allé tranquille voler le truc impeccable bah non le récit il est beaucoup plus marrant et j'en ai ri non j'en ai pas du tout ri j'étais hyper vénère mais après coup je suis en mode t'es complètement zinzin et c'est drôle à raconter au final ou le phare une fois que t'es sur le glacier à 3400 mètres d'altitude en fait la dynamo elle s'est cassée parce que t'es dans la neige Et du coup, il n'y a pas de lumière. Tu vas bricoler, tu vas récupérer toutes les lampes frontales de l'équipe pour faire un circuit avec du fil découpé pour allumer la lumière pendant 5 secondes. Et après, faire une vidéo tu as l'impression que ça marche, franchement, c'est encore plus drôle. Et du coup, l'histoire de l'échec et de la

SPEAKER_00

bricole, elle est fun en vrai. Est-ce

SPEAKER_02

que tu aurais des conseils à donner aux jeunes et futures

Des conseils

SPEAKER_02

travailleuses de l'art Il y a un truc que j'aimerais me dire à moi-même plus souvent. Il ne faut pas faire ça pour que ça marche. Et il faut essayer de se faire plaisir. Il faut quand même se donner les moyens. Et c'est horrible à dire parce qu'il y a plein de gens qui ne parlent pas du tout du même endroit duquel je suis parti. Mais il faut s'entourer. Et en vrai, faire des choses avec des gens, c'est vachement cool. Moi, j'apprends ça depuis peu. Et en fait, ce n'est pas simple, mais ça donne une force de ouf. Quand tu sors d'école et que tu es un peu isolé, il faut s'entourer. Je pense que c'est le plus important. Et faire des trucs de manière générale. C'est un peu bateau,

SPEAKER_00

mais...

SPEAKER_02

C'est le taf, quoi. C'est un peu le taf, mais moi, je ne suis pas non plus un exemple de faire des trucs sans avoir d'objectif. Donc, il y a plein de moments je suis en mode, ah, j'aimerais bien avoir une pratique de l'instantanéité, mais je ne fonctionne pas comme ça. Donc, j'essaye de trouver des cheat codes pour essayer d'avoir l'impression de faire des choses sans pour autant avancer.

SPEAKER_00

Et tu as

SPEAKER_02

trouvé Faire mille choses à la fois. Ok. Plusieurs projets chiants et longs, mais comme il y en a plusieurs, tu as toujours une petite étape sur le projet d'à côté tu peux avancer. Du coup, les choses... elle met 4 ans à sortir, mais au moins, ça avance tranquillement. Ce n'est pas du tout une bonne stratégie. Franchement, produisez des pièces pas chères, rapides à faire. Ne faites pas sculpture, faites de la photo, de la peinture. Il y a de la concu, mais tu peux en vivre au

SPEAKER_00

moins.

SPEAKER_02

Poésie, c'est pas mal aussi en termes d'économie de moyens. Oui, mais il faut y aller. Il faut tchatcher. Pour vendre,

SPEAKER_00

courage. Qui

Des recommandations

SPEAKER_00

est-ce que tu me suggères

SPEAKER_02

d'inviter pour de futurs épisodes Ok, Margot Bernard. On s'est rencontré pendant la mobilisation des écoles d'art. Elle était au Beaux-Arts de Paris. C'est une super artiste. Et on fait un projet en ce moment avec un bailleur social et la mairie du 11ème. On a proposé une pièce pour l'intérieur d'un logement social dans le 11ème, arrondissement de Paris. Et on est un peu... J'ai un moment qui lui a envoyé ça parce que j'ai vu l'appel à projet et je me suis dit tiens, ce serait cool qu'on bosse ensemble. Et elle a un super travail. C'est quelqu'un de très politisé. C'est l'inverse des textes d'exposition qui vont résoudre la fin dans le monde. L'inverse, c'est Margot. C'est justement aller dans la vraie vie, aller... aux côtés des gens, et si... comprendre les dynamiques des humains à cet endroit et raconter des histoires à partir de ça et porter un réel discours politique qui est sincère et je suis en mode stylé ouais stylé franchement

SPEAKER_00

machine de

SPEAKER_02

guerre machine de guerre et en plus elle est super sympa rayonnante c'est quelqu'un qui fait beaucoup de formats audio et de l'édition qui vient de l'édition à la base mais par contre tu vas te faire un super entretien avec

SPEAKER_00

elle quoi trop bien designer ça marche ah bah oui oui je veux joindre un peu tout quoi pour l'instant je ne mise pas trop dans les autres domaines culturels parce qu'il y a déjà beaucoup à faire dans l'art en soi j'aimerais bien travailler avec des gens dans la médiation des gens dans la curation des collections heureuses enfin vraiment en gros tout ce qui englobe notre écosystème et ensuite j'irai voir les autres écosystèmes

SPEAKER_02

ok bon Un gars qui est à Strasbourg, qui est souffleur de

SPEAKER_00

verre.

SPEAKER_02

Oh Qui vient plutôt des arts appliqués, mais qui a une super belle pratique aujourd'hui de performance avec un savoir-faire technique de Zinzin, et qui fait des super beaux objets. Et d'ailleurs, qui a des thématiques de recherche un peu proches de nous autres. Pardon, Mathis Henault. E-S-N-A-U-L-T. Un gars super sympa. Après, j'en aurais d'autres en tête, mais pas spontanément comme ça. Si, il y en a une, mais j'ai oublié son prénom. Je te le donnerai. Elle a un de sur les archives qui est trop beau elle s'est penchée sur un film américain elle allait chercher essayer de chercher dans les archives de ce film enfin bref tout elle a un projet de diplôme qui est trop beau en fait ça fait partie des gens qui des peu de gens qui m'ont parlé de leur travail un peu profondément du coup c'est les gens dont je me souviens sinon j'ai pas une bonne mémoire des noms et des pratiques je vois les images tu vois mais tant que tu m'as pas tunnel un peu sur ce que tu fais je suis un peu pareil pour les rêves en vrai tant que je temps que j'ai pas Je ne sais pas, vraiment approfondir un sujet, je ne m'en souviens pas. Parce que j'ai eu plein de lectures, de trucs engagés, de théoriciens, de l'effondrement et tout ça, mais en vrai, à part Name Drop, si, je pourrais dire Comment Saboter un Pipeline de Andrea Malm. Ça, c'est un banger qui est pour l'action directe et pour faire péter des trucs. Ça, c'est cool. Et qui dit que les mouvements écologistes politisés et du coup assez soft sont obligés d'être soutenus par des mouvements radicaux et qu'en fait, il faut que les deux coexistent pour avoir un vrai mouvement politique. Sinon, on arrive arrivera à rien. Dans tous les gros changements politiques, il y a eu un mouvement extrémiste et un mouvement soft qui étaient en lien et qui défendaient dans le fond plus ou moins les mêmes idées, mais de manière différente. Les uns soutenaient les autres, en fait, par rapport à la sphère publique. Et petit banger. Le genre de bouquin qui donne envie de péter des

SPEAKER_00

trucs. Donc, objectif

SPEAKER_02

atteint, quoi. Objectif

SPEAKER_00

atteint. Écoute, Anatole, merci beaucoup d'avoir accepté cette invitation. Merci d'avoir écouté, c'était Et bien évidemment, n'oubliez pas de vous abonner pour ne rien manquer.

UNKNOWN

A bientôt