duMouvement
duMouvement, c’est l’éducation corporelle que tu n’as jamais reçue à l’école.
Fondé par Jérémie Fiset — posturologue, biomécanicien et éducateur du mouvement fort de plus de vingt ans de pratique clinique — ce podcast explore la littératie corporelle et la gouvernance interne : la capacité à mieux percevoir son corps, à comprendre ce qu’il exprime et à agir avec davantage de discernement.
Il ne s’agit pas de poursuivre un corps parfait ni d’ajouter une nouvelle injonction à performer. Il s’agit de développer une relation plus instruite, plus nuancée et plus vivante avec son corps.
À travers ses séries, duMouvement explore différents territoires de la culture quotidienne du mouvement : perception corporelle, système nerveux, douleur, respiration, robustesse, régénération, refonctionnalisation et développement des capacités.
La première série, Ce que ton corps sait, Initiation à la littératie corporelle duMouvement, est proposée ici en neuf épisodes de découverte parmi les vingt et un épisodes de la série complète.
Pour découvrir ton profil corporel, accéder aux contenus gratuits et explorer la série complète, visite dumouvement.com.
Boussole corporelle : https://www.dumouvement.com/boussole
duMouvement
La douleur comme information
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Et si la douleur n’était pas toujours un verdict sur ce que ton corps peut encore faire, mais une information à apprendre à lire?
Après une blessure ou une période de douleur persistante, il est souvent raisonnable de protéger une région et de réduire certains mouvements. Mais lorsque l’évitement se prolonge, le corps peut recevoir de moins en moins d’informations nouvelles. Ce qui constituait une protection temporaire risque alors de devenir un territoire durablement évité.
Dans cet épisode, Jérémie Fiset propose un cadre plus nuancé pour comprendre la douleur. Son intensité n’est pas toujours proportionnelle à l’état des tissus : des changements structurels importants peuvent parfois être peu ou pas douloureux, tandis qu’une douleur intense peut exister sans lésion correspondant directement à son intensité. La relation entre dommage et douleur est réelle, mais elle n’est pas linéaire.
La douleur est une expérience sensorielle et émotionnelle influencée par plusieurs sources d’information : les signaux corporels, l’histoire de la personne, le contexte, le niveau de stress, la fatigue, les attentes, les croyances et la menace perçue. Les nocicepteurs transmettent des signaux d’alerte, mais ces signaux ne sont pas encore, à eux seuls, l’expérience complète de la douleur.
L’épisode distingue plusieurs lectures possibles d’un signal douloureux :
- une information demandant un ajustement ou un meilleur dosage;
- une alerte indiquant que le système approche de sa marge disponible;
- une réponse protectrice influencée par une expérience passée;
- une limite réelle qui mérite d’être respectée et évaluée.
La gouvernance corporelle consiste alors à apprendre à distinguer ces possibilités plutôt qu’à conclure trop rapidement.
Une expérience guidée t’invite à observer une zone sensible et à te demander quelle information elle pourrait apporter aujourd’hui, sans chercher immédiatement à la corriger ni à lui attribuer une explication définitive.
L’épisode propose enfin trois repères pour observer la réponse du corps après une pratique : le retour au niveau habituel dans les 24 à 48 heures, l’évolution de la disponibilité au mouvement et le changement de confiance envers la région concernée. Ces questions ne donnent pas un verdict; elles permettent d’observer, de doser et d’ajuster dans le temps.
Une question demeure :
Y a-t-il une douleur ou un inconfort que tu as transformé en verdict définitif sur ton corps — et si ce verdict méritait aujourd’hui une lecture plus nuancée?
Cette série de découverte comprend 9 épisodes parmi les 21 épisodes de Ce que ton corps sait — Initiation à la littératie corporelle duMouvement.
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Tags :
douleur, douleur persistante, douleur chronique, science de la douleur, nociception, système nerveux, menace perçue, sensibilisation, mouvement et douleur, régulation, charge allostatique, capacité d’adaptation, dosage de l’effort, confiance corporelle, littératie corporelle, culture quotidienne du mouvement, duMouvement, Jérémie Fiset, Ce que ton corps sait
Quand la protection devient un territoire évité
SPEAKER_00Il y a une décision que beaucoup de gens prennent à un moment de leur vie. souvent après une blessure, parfois après une période de douleur persistante. La décision de ne plus bouger comme avant, de protéger, d'éviter, de ne pas forcer cette zone. Cette décision est souvent raisonnable au départ. Le corps envoie un signal et on le respecte. C'est de la gouvernance. Mais ce qui arrive ensuite est moins bien compris. Le mouvement qui cesse progressivement, la zone qui se rigidifie, le signal qui sent non pas parce que le tissu empire, mais parce que le système nerveux, sans nouvelles données, continue de prédire une menace. Et ce qui était une protection provisoire devient un territoire évité. Aujourd'hui, on parle de douleur avec une intention simple, proposer un cadre plus précis pour lire ce que ton corps exprime et mieux comprendre ce que ce signal peut représenter.
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① La douleur n’est pas proportionnelle au dommage
SPEAKER_00On nous a transmis une image de la douleur qui est simple et intuitive. La douleur est proportionnelle au dommage. Si ça fait très mal, quelque chose est très abîmé. Si ça ne fait pas mal, tout va bien. Cette image est utile dans certains contextes. contexte, mais elle est souvent inexacte. Et dans le contexte de la douleur persistante ou chronique, elle peut même devenir un obstacle. Voici ce qu'on sait maintenant grâce à la science de la douleur. Des gens peuvent avoir des hernies discales importantes, des arthrites avancées, des déchirures tissulaires visibles à l'imagerie et ne pas souffrir. D'autres peuvent souffrir intensément sans qu'aucune structure soit endommagée. La relation entre le tissu et la douleur est réelle, mais elle n'est pas linéaire. La réalité est plus nuancée. La douleur est une expérience construite par le cerveau à partir des informations sensorielles, du contexte, du vécu et du niveau de menace perçu.
② La douleur est une expérience, pas un simple signal
SPEAKER_00Voici la définition de la douleur de l'Association internationale pour l'étude de la douleur. Elle a été révisée en 2020. Une expérience sensorielle et émotionnelle désagréable associée à une lésion tissulaire réelle ou potentielle ou décrite en termes d'une telle lésion. Il y a plusieurs mots importants dans cette définition, mais il y en a un qui change profondément notre façon de comprendre la douleur. Expérience. Parce qu'une expérience n'est pas simplement un signal qui voyagerait du corps vers le cerveau comme une information brute. Une expérience est quelque chose qui est vécu, interprété, organisé, influencé par un contexte. Elle possède une histoire. Pendant longtemps, on a pensé la douleur comme un reflet direct de l'état des tissus. Plus le dommage est important, plus la douleur devrait être importante. Aujourd'hui, ce que les neurosciences de la douleur décrivent est plus complexe. La douleur est une expérience construite à partir de multiples sources d'informations, les signaux sensoriels, l'histoire du corps, l'état émotionnel, le niveau de stress, les attentes, les croyances et l'environnement. Ce qui participe au déclenchement de ce signal de protection, ce sont des nocicepteurs, des capteurs d'alerte sensibles aux changements mécaniques, thermiques ou chimiques. qui envoie des signaux au système nerveux central. Ces signaux apportent une information. L'expérience douleur apparaît ensuite comme une interprétation globale de cette information. Et cette interprétation dépend de quelque chose que nous avons parlé plusieurs fois ensemble, la prédiction. Carl Friston décrit le cerveau comme un système qui essaie continuellement d'anticiper ce qui va se passer. Il compare en permanence ce qu'il prédit et ce qu'il reçoit réellement comme information. La douleur peut parfois émerger dans cette logique de protection anticipatoire. Le cerveau mobilise l'attention et prépare l'action devant une menace qu'il estime importante. Et voici quelque chose de fondamental à comprendre. L'état global du système influence directement cette construction. Quand la charge globale devient importante, imaginons stress psychologique, fatigue, récupération insuffisante, surcharge médicale, répétées, contexte émotionnel difficile. Le système peut entrer dans un état de vigilance prolongé. Tu as déjà entendu d'autres mots dans cette série. Charge à l'eau statique, marge disponible, capacité d'adaptation. Tous ces éléments se parlent. Dans un état de vigilance élevé, le système devient plus sensible aux signaux qu'il reçoit. Le même stimulus physique peut alors prendre une signification différente. Une région qui semblait tolérante hier peut devenir plus réactive aujourd'hui. Cela ne signifie pas automatiquement qu'il y a une nouvelle blessure. Ça peut parfois simplement refléter un système qui a dépassé sa marge d'adaptation disponible. Cette réponse appartient à la neurophysiologie. Le système ajuste son niveau de vigilance selon le contexte qu'il perçoit. À l'inverse, lorsqu'un système devient plus disponible, mieux récupéré et davantage en sécurité, ces mêmes informations peuvent être intégrées avec moins d'amplification. C'est ce qui m'amène à une distinction que j'utilise dans ma pratique clinique depuis plusieurs années, parce que tous les signaux douloureux ne racontent pas la même histoire. Il y a des signaux d'information, quelque chose demande attention, ajustement ou dosage. Il y a des signaux d'alerte, Le système approche sa limite adaptative et demande davantage de régulation. Il y a des signaux de protection. Une expérience passée, une ancienne blessure ou une association forte peuvent continuer d'influencer les prédictions du cerveau. Il y a aussi des limites réelles qui demandent à être respectées. La gouvernance corporelle dans ce contexte consiste à apprendre à distinguer ces signaux et à développer une lecture plus précise de ce qu'ils indiquent. Et cela nous ramène directement au travail de cette semaine, parce qu'une expérience peut évoluer, une expérience peut apprendre, une expérience peut devenir plus flexible. La mécanotransduction, ce processus par lequel une cellule transforme une charge mécanique en réponse biologique, peut participer à cette évolution. Lorsqu'une zone reçoit une charge progressive, dosée, adaptée à la marge disponible, avec le bon rythme et une attention suffisante, le système reçoit de nouvelles informations. Des informations qui peuvent progressivement soutenir une nouvelle prédiction. Ce mouvement est possible. Cette région peut retrouver de la disponibilité. Je peux traverser cette expérience autrement. Ce processus évolue dans le temps, varie selon les contextes et suit des trajectoires différentes selon les personnes. Et c'est précisément ce que le développement progressif des capacités physiques peut construire. Davantage que de la force, une nouvelle relation entre le cerveau, le corps et l'expérience
③ Quelle information ce signal apporte-t-il aujourd’hui?
SPEAKER_00vécue. Je t'invite à faire quelque chose maintenant. Pense à une zone de ton corps, une zone qui attire parfois ton attention, une raideur, une tension, une fatigue, un inconfort ou une douleur légère. Tu n'as rien à changer maintenant. Observe simplement ce qui est présent. Maintenant, remarque ce qui se passe si tu poses cette question. Quelle information ce signal apporte-t-il aujourd'hui? Est-ce que ce signal évoque davantage une demande d'ajustement, une période où la charge globale est élevée, une réponse protectrice associée à une expérience passée ou une limite qui mérite davantage d'attention aujourd'hui? Peut-être plusieurs à la fois. Tu n'as peut-être pas une réponse claire et c'est normal. Le corps n'envoie pas toujours un message simple ou immédiat. L'objectif ici est d'apprendre à observer avant de conclure. Parce qu'à certains moments, ce qui transforme notre expérience n'est pas seulement ce que le corps ressent, c'est aussi la façon dont nous entrons en relation avec ce qu'il ressent.
⑤ Trois voies pour transformer la relation à la douleur
SPEAKER_00Les trois piliers de la culture quotidienne du mouvement s'adressent tous à la douleur, par des voies différentes. La régénération crée les conditions de désensibilisation. Elle réduit la charge allostatique, abaisse le niveau de vigilance du système nerveux, rend les signaux moins amplifiés. L'activation réorganise les boucles motrices. Elle donne au cerveau de nouvelles cartes, de nouveaux schémas, une nouvelle façon de prédire le mouvement. Elle peut progressive progressivement désassocier le geste de la menace. Le développement des capacités, quand il est bien dosé, progressif et attentif, renforce la confiance du système dans sa propre capacité d'action. Il réécrit la prédiction. Trois chemins différents, un même objectif, rendre le système moins réactif, plus adaptable, plus libre.
⑤ Quand consulter et comment observer sa réponse
SPEAKER_00Avant de te laisser, une chose importante et surtout une chose actionnable. Ce que tu viens d'entendre est un cadre de compréhension. Il peut enrichir ta relation à la douleur, t'aider à distinguer les signaux, te donner un langage plus précis. Il ne remplace pas une évaluation professionnelle. Si tu vis une douleur persistante, aiguë, qui s'intensifient ou qui affectent significativement ta qualité de vie, consulte. Un professionnel de la santé peut évaluer ce que ce podcast ne peut pas évaluer. Ce que tu peux cultiver ici, c'est ta capacité à lire tes signaux, différencier l'information de la menace, choisir quand réguler, quand progresser et quand réduire la charge. Un même stimulus peut être trop exigeant dans un contexte et très pertinent dans un autre. Tout dépend de l'état du système, de la marge disponible et de la façon dont ton corps récupère ensuite. Pour observer cette réponse dans le temps, tu peux te poser trois questions après l'effort. Première question. Est-ce que la douleur ou l'inconfort revient à son niveau habituel dans les 24 à 48 heures suivantes? Les 24 à 48 heures deviennent une information importante parce qu'elle donne accès à quelque chose de plus large que le symptôme immédiat. Elle t'informe sur la capacité d'adaptation du système dans le temps. Deuxième question. Est-ce que ma capacité à bouger semble plus disponible ou plus limitée après cette séance? Si tu prends l'exemple d'un botte d'eau sensible, est-ce que ça a créé davantage d'espace ou est-ce que ça l'a figé davantage? Troisième question. Est-ce que je me sens plus confiant ou plus prudent dans mon corps qu'avant? Là, on est davantage dans le vécu. Est-ce que j'aborde ce mouvement avec plus d'aisance, plus de réticence ou plus de disponibilité? Mais attention, ces questions ne cherchent pas un verdict. Elles servent à observer comment ton corps répond aux demandes qu'on lui impose et comment il les intègre. C'est aussi ça la gouvernance, apprendre à doser, observer et ajuster dans le temps.
⑥ As-tu transformé une douleur en verdict?
SPEAKER_00Une question, laisse-la travailler. Y a-t-il une douleur ou un inconfort? que tu as transformé en verdict sur ton corps Une zone que tu as décidé d'éviter Un mouvement que tu as abandonné Une croyance sur tes limites qui s'est installée à partir d'une expérience douloureuse Et si ce verdict méritait une nouvelle lecture plus nuancée, plus précise, plus ouverte à l'évolution Ce que tu viens d'explorer ici, la douleur comme signal à lire plutôt que comme verdict, c'est une des pièces de ce que j'appelle la littératie corporelle.
Découvrir ton profil corporel
SPEAKER_00Il y a des gens qui veulent un corps qui performe. Il y a des gens qui veulent un corps qui ne fait plus mal. Et puis, il y a ceux qui veulent autre chose, plus difficile à nommer, un corps depuis lequel vivre. un territoire à habiter, un langage à apprendre, une cohérence entre ce qu'ils ressentent ce qu'ils comprennent et ce qu'ils vivent. Du Mouvement existe pour eux, peut-être pour toi. Si tu veux savoir où tu en es, j'ai créé une boussole « Quelques questions sur ta relation à ton corps, à ta gouvernance interne, à ta culture du mouvement ». Elle est disponible sans frais sur dumouvement.com. Et si cette boussole nomme quelque chose que tu ressentais déjà sans pouvoir le formuler, il y a une porte Allez, à bientôt