Pas de raison de s'alarmer

Ce qui alarme Mario — oignons et auto‑sabotage

Emmanuelle Season 1 Episode 1

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Dans cet épisode, Mario raconte comment il s’alarme (souvent et parfois très fort). Ensemble, on explore ses « oignons » intérieurs : ces schémas de pensées qui prennent parfois le dessus, surtout dans ses relations... jusqu’à le convaincre qu’il est détestable. On parle auto‑sabotage, messages qu’on regrette, scénarios qui partent en vrille, et de ce besoin de comprendre ce qui se joue vraiment.

Et on cherche des façons de hacker l’oignon pour s’alarmer un peu moins. Entre vulnérabilité et lucidité, Mario montre à quel point nos pensées peuvent nous piéger… et comment on peut, parfois, réécrire le script.

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Est-ce que tu connais ce sentiment ? En surface, franchement, il n'y a pas de raison de s'alarmer. Tout va plutôt bien. Tu as peut-être une famille, des amis, des gens que tu aimes et qui t'aiment.

Tu as peut-être un job, des passions, des raisons d'être reconnaissante ou reconnaissant. Et pourtant... Et pourtant, à l'intérieur, tu t'alarmes. Pas tout le temps, pas de la même manière selon les jours, selon les périodes de ta vie.

Mais il y a ce truc qui revient, cette petite voix qui te dit, mais qu'est-ce que je fais faux ? Pourquoi je ne suis pas plus heureuse ou plus heureux ? Et au fond, la question qui reste, qui résume tout, pourquoi je ne suis pas meilleure à la vie ? Si, comme moi, tu fais partie de ces gens-là, ce podcast est pour toi. Je m'appelle Emmanuelle, je suis chercheuse et enseignante, enthousiaste, bourrée de contradictions, et souvent je m'alarme. Depuis quelques temps, j'essaye de comprendre comment moi m'alarmer.

Profiter davantage de l'instant, ressentir plus de joie, plus de connexion, plus de sens. Et puis, l'autre soir, je me suis dit quelque chose. Et si ces questions que je me pose, tout bas, depuis toujours, je les posais tous, à plein de monde, à des artistes, des scientifiques, et surtout à des gens comme toi et moi.

Alors aujourd'hui, j'ai envie de te faire entendre comment les autres font pour gérer leur alarme. Mario, c'est mon pote chercheur que j'ai rencontré il y a un peu plus d'un an, à la salle de sport, parce qu'on avait tous les deux mal au dos. Quand je lui demande de se décrire en trois mots, il me dit scientifique.

Plus tard, les mots jaune et têtu sortiront aussi. On se met également d'accord sur le fait qu'il a parfois de bonnes idées, et que très souvent, il s'alarme lui aussi. 

Ouais, je suis clairement quelqu'un qui a plusieurs modes de fonctionnement dans la tête.

Genre quand je vais bien, plutôt rationnel, puis de temps en temps, il y a des trucs qui font me débloquer ou je mets beaucoup trop d'attention sur des détails et je les interprète très bizarrement. Et ça me prend la tête et je ne sais pas quoi faire et je panique et je ne dors pas. Oui, c'est toujours des trucs liés à mes relations.

T'as proposé à un moment pour qu'on se voit à une date et du coup, j'anticipais beaucoup ce moment. Bon, là, je pense que ça allait encore. Genre j'étais pas dans ce mode zin-zin où j'ai des pensées qui n'ont aucun sens.

J’avais anticipé tout simplement de se revoir, ça me préoccupait un peu. Et ouais, en fait, j'ai quand même eu courant pour un moment que je m'en souviens et je me suis endormi très préoccupé. Mais là, je me dirais que je ne faisais pas de film, j'étais juste très préoccupé.

Je me suis réveillé à 10 heures du matin parce que je ne dormais pas et j'ai regardé mon téléphone et puis j'ai vu que t'étais malade. Et là, ça a enclenché le mode film, genre elle ne veut pas me voir en fait. Sûrement qu'elle a une petite grippe et puis qu'elle ne veut pas me voir et puis que ça l'arrange bien.

Parce qu'elle n'a pas envie de me voir, parce qu'elle me déteste, parce que je ne suis pas appréciable. Parce qu'elle ne s'est pas enfin rendu compte que je ne suis vraiment pas quelqu'un d'appréciable. C'est ce mode film qui s'enclenche chez moi, c'est ce scénario-là qui est plutôt prédominant par-dessus les autres où je me dis « Ah les gens, l'autre personne s'est enfin rendu compte que je suis absolument détestable.» 

Alors Mario a tenté la psychothérapie cognitivo-comportementale. Il nous raconte. 

La théorie qu'ils ont un peu, c'est une histoire d'oignon avec le centre de l'oignon. Je ne sais pas si c'est tout l'oignon qu'ils appellent le schéma, mais je crois que c'est ça. Non, peut-être que ce qu'ils appellent le schéma, c'est le cœur de l'oignon. Je ne sais plus trop.

Au cœur de l'oignon, on a une pensée inconditionnelle. C'est un truc qui se forme souvent dans l'enfance, l'adolescence. Et ça se forme naturellement pour des questions d'adaptation à l'environnement.

Et puis c'est utile au moment où ça se forme, mais après on l'a avec nous et il faut faire avec. Quand tout va bien, ce noyau de l'oignon est bien protégé par d'autres schémas de pensée autour qui se disent que tout va bien, que l'oignon n'est pas si détestable. Mais quand il y a des choses qui me touchent émotionnellement, et puis quand on est un peu chamboulé, tout à coup c'est ce noyau qui s'exprime.

Et puis là, ça devient plus fort que la raison. Et on se dit, c'est ça, j'ai enfin compris, je suis détestable en fait. Cette personne s'est enfin rendu compte.

À ce moment-là, il faut qu'il y ait un petit mode de sauvegarde dans ma tête qui fonctionne encore, une petite balise qui se dit, attends, là t'es en train de débuguer, t'es en train de partir en freestyle. Quand je me rends compte que j'ai des pensées récurrentes, que je me rends tout le temps à la même chose, et je me dis, il faut espérer que je me rende compte que je ne suis pas dans mon état normal. Mais c'est dur de se rendre compte quand il y en a d'autres.

Mais ce n'est pas facile parce que je n'ai pas envie de dormir, j'ai juste envie de réfléchir aux trucs qui me préoccupent, et puis il n'y a que ces idées-là qui viennent. C'est dur de prendre du recul, de voir les choses d'un autre point de vue. Je pense que je suis dans ce délire souvent quand je suis tout seul dans mon lit ou dans mon appart.

Je pense qu'assez facilement, si on me confronte à des trucs alternatifs, je me rends compte que ça me sort de mon délire assez vite. Je ne suis pas trop fou non plus. 

Mario m'explique que selon lui, et surtout selon la thérapie cognitivo-comportementale, on ne peut en fait pas changer son oignon, en tout cas pas le cœur.Ce qu'on peut faire par contre, c'est modifier ses comportements. 

Je pense que j'ai un peu amélioré quand même la stratégie. Parce qu'en fait, pour en sortir de ces phases paniques, un truc qui marche mais qui peut être détrimental, on dit comme ça, c'est l'action.

Faire quelque chose pour remédier à ce qui nous préoccupe. Je pense que ça m'était arrivé beaucoup de fois avant, que l'action soit détrimentale. Genre, écrire un message pas sympa, ou pas sympa mais manipulateur.

Écrire un truc exprès pour que l'autre me déteste, comme ça, ça me donne raison que je suis détestable. Mais du coup, ce que j'essaie de faire maintenant, c'est que l'action, c'est toujours très pratique pour en sortir. Du coup, je fais quand même ça, une action.

Sauf que je fais quand même très attention à ce qu'elle ne soit pas détrimentale. J'essaie d'écrire un message qui est sincère, sans être manipulateur pour que l'autre personne me déteste. Je pense que si je trouve quelqu'un avec qui je m'entends bien, avec qui on peut fonder une famille, je ne vais pas tout à coup être quelqu'un d'autre.

Je vais rester la même personne, donc je vais toujours avoir les mêmes problèmes. Je vais sûrement me faire encore des films pour d'autres raisons. C'est sûr.

Mais tu parlais de qu'est-ce qui m'anime et tout, et j'ai un peu l'impression de vivre en suspens, en attente de ça. Je me dis que dans mon travail, par exemple, j'ai un bon travail, mais ce que je privilégie le plus de mon travail, c'est qu'il est stable et que je ne prends pas de risques. Comme ça, ça me donne la place pour rencontrer quelqu'un. En fait, j'ai toujours privilégié ça à tout le reste. 

Et puis, à force de parler d'oignons, Mario et moi, on a une révélation. Et si on en avait plusieurs de ces oignons ? Certains sont un peu pourris, ils nous alarment, ils nous empêchent de faire les choses, mais d'autres nous poussent vers l'avant.Ils nous tirent, ils nous font aller plus haut.

Selon la force de nos croyances, on prend plus ou moins des risques. Par exemple, dans le travail, j'ose prendre des risques beaucoup plus gros parce que j'ai plus la croyance.

Je pense que là, j'ai un autre oignon. Je dois avoir un oignon du style « je suis super intelligent ». Il est utile pour mon travail parce que ça me permet d'oser prendre des risques, de faire des choses qui n'ont jamais été faites et d'y croire, d'y croire, d'y croire, d'y croire. Et puis d'un coup, en fait non, ça ne marche pas.

Puis on met la poubelle. Mais j'ai quand même ce truc au fond de moi où je crois que je suis super intelligent qui fait que j'ose recommencer avec un autre projet. Et ça me fait ne pas abandonner.

 Je l'aime de plus en plus, cette histoire d'oignons. Et j'aime bien l'idée qu'on a finalement plusieurs oignons, certains positifs, certains moins. Et que dans l'ensemble, quand tout va bien, on arrive à trouver une espèce d'équilibre entre toutes ces manières qu'on a de se voir soi-même.

Je me souviens qu'un temps, pendant mon doctorat, je me souviens, que j’oscillait entre ces deux phases. Je me disais « je suis super, je suis le meilleur, je suis hyper intelligent ». Et après « oh non, je suis horrible, je suis détestable ». C'était assez extrême. Et je me souviens d'un truc qui est bizarre quand on se sent détestable et nul.

Et le truc le plus horrible, je trouve, c'est que maintenant je le vois comme un red flag. Et je me rends compte que je pars en délire. C'est quand ça se propage, ou ça diffuse sur les autres gens autour de nous.

En fait, on se dit, ça reste dans ma tête, on se dit « ah, je suis trop, trop nul ». Du coup, tous les gens autour de moi qui se sont entourés de moi sont forcément trop, trop nuls et trop cons parce qu'ils se sont entourés de moi. Et donc, par exemple, je passais d'un moment où j'admirais mon directeur de thèse parce qu'il est super doué à un autre moment où je me dis « il est trop con de m'avoir pris comme doctorant et me faire confiance, il est tellement bête ». Je descends et je tire tout le monde en bas avec moi. Par exemple, dans les relations où je me dis si je plais à une fille, je me dis « ah, elle est super, mais elle est quand même suffisamment bête pour croire que je suis intéressant ». 

Tu l'auras compris en l'entendant ces quelques minutes.Mario, il est bourré de contradictions, juste comme moi, peut-être comme toi aussi. Il aime bien la tech aussi, alors il nous propose une solution pour hacker l'oignon. 

Si je peux avoir un emplin dans ma tête, je peux mettre du, l’opposé de «détestable », du « adorable » et puis hop, on active un peu du « adorable, adorable, adorable, adorable » partout dans mon cerveau.

Voilà, c'était le premier épisode de « Pas de raison de s'alarmer ». J'espère que cette conversation t'aura un peu parlé, un peu inspiré ou au moins qu'elle t'a fait te sentir un peu moins seule avec tes questions, tes doutes, tes schémas et tes oignons. Si cet épisode t'a parlé, tu peux en parler autour de toi, à quelqu'un qui va bien mais pas tout à fait. Tu peux aussi t'abonner au podcast pour ne pas rater les prochains épisodes.

Et dans les prochains, je continuerai à poser ces questions qu'on garde sous les yeux. Souvent pour nous, à des gens très différents. De temps en temps, je te parlerai aussi de ce que la recherche dit de tout ça.

Merci d'avoir écouté et d'ici là, pas de raison de s'alarmer. Tchô !