Pas de raison de s'alarmer

Ce qui alarme Inma — contrôle et redécouverte

Emmanuelle Season 1 Episode 4

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Dans cet épisode, Inma raconte une vie en mouvement, portée par la découverte du monde et la quête d’un idéal qui n’existe peut‑être pas. Devenue mère, le besoin de contrôle et l’angoisse grandissent. Entre la perte de son père — figure solide et rassurante — et l’envie d’offrir à son fils la stabilité qu’elle ne trouve plus, elle traverse une profonde redécouverte d’elle‑même.

On parle de contradictions, de peurs qui protègent autant qu’elles enferment, de la difficulté à lâcher prise dans une société qui exige tout. Et puis aussi de beauté : l’amour inconditionnel, la tendresse des liens, et cette difficile acceptation que faire de son mieux, c’est déjà beaucoup.

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Je trouve qu'on vit dans un monde qui est devenu un petit peu fou, et qu'on essaie de faire tout, et qu'on essaie d'être la personne qui peut tout faire, et qui tient. On essaie d'être des roches, de tenir, tenir, tenir. Et bon, on ne peut pas tout tenir.

Bienvenue dans ce nouvel épisode de Pas de raison de s'alarmer, le podcast pour les gens qui vont bien, mais pas tout à fait. Aujourd'hui, je rencontre Inma. Tu le devineras peut-être à son joli accent, Inma est espagnole.Elle enseigne au secondaire, elle a la bougeotte et un grand besoin de contrôle. 

Inma se décrit comme une personne souriante, loyale et qui essaie. Enfant, elle est assez perdue.Victime de harcèlement scolaire, elle peine à trouver sa place. Vers 13 ans, elle rencontre des gens qui lui ressemblent. Elle commence à savoir qui elle est.

Ensuite, les années universitaires, une période où elle s'éclate. Elle aime ses cours, voyage beaucoup, rencontre plein de monde. Après ses études, commence ce qu'elle appelle son pèlerinage.

Avec son travail d'enseignante en école internationale, elle peut découvrir le monde. Allemagne, Pérou, France où elle rencontre son futur mari, aventurier comme elle. Un an plus tard, elle tombe enceinte.Son fils naît. La famille continue ses aventures. La Thaïlande et puis la Suisse où elle vit maintenant.

Après une vie remplie de découvertes, elle vit une période de redécouverte. On l'écoute. 

Je pense que depuis que j'étais maman, que Diego est arrivé dans ma vie, je n'ai pas eu le temps en fait de voir qui je suis comme maman, qui je suis comme professionnelle ou comme mari ou qui je suis moi-même.

Parce qu'en fait, Diego est né en 2019, juste avant la Covid. Après la Covid, il est arrivé, on avait planifié des déménages aux Etats-Unis, mais parce que la Covid est arrivée, tous les visas ont été cancellés. Donc on n'a pas pu déménager là-bas.

Mais j'ai quand même changé de travail et ça a été des années compliquées comme la Covid, où on avait tous beaucoup de stress. Mon père est décédé pendant ces années, donc ça a été hyper compliqué. Et après, on a déménagé en Thaïlande avec un enfant de 3 ans.

Tu n'as pas le temps de penser beaucoup, tu es dans l'action. Je commence à voir aussi que tous ces changements ont pris, ça ne vient pas gratuitement. Et tu perds aussi des choses dans la route, des connexions, des gens.

Et maintenant, je suis dans une étape où je me demande, par rapport à mon fils, si je ne veux pas qu'il ait un petit peu plus de stabilité que ça, si je ne veux pas qu'il ait un petit peu plus près de sa famille. Parce que moi, en fait, j'ai grandi comme ça, j'ai grandi en Espagne avec ma famille. Tout le monde est espagnol, tout le monde est de même endroit, donc j'avais mes grands-parents à côté, mes oncles, mes tantes, mes cousins, et on passait le week-end ensemble.

Et j'ai eu ce filet de sécurité, en fait, qui m'a permis de pouvoir aller explorer le monde. Et je me demande maintenant si je ne devrais pas non plus poser un petit peu les valises. 

Tu penses qu'il y avait un petit peu un aspect fuite en avant, dans tous ces déménagements ? 

Peut-être, ouais. Peut-être il y a toujours ce côté, je ne sais pas si fuite, parce que je pense que c'est plutôt la recherche, la recherche d'une chose qu'on ne va jamais trouver, en fait. La recherche d'un idéal, peut-être, d'un endroit qui se sente comme la maison, mais que cet endroit n'existe pas, en fait. C'est toi qui l'as fait, au final.

Je lui demande alors si elle se considère comme quelqu'un qui s'alarme facilement. 

Pour moi, ça s'est développé beaucoup avec la maternité, en fait. Maintenant, j'ai beaucoup plus besoin d'avoir les choses sur contrôle, dans ma vie de tous les jours, en fait, de savoir que, je ne sais pas, les impôts vont être payés, que la voiture, les garages, les factures, d'avoir un petit peu de contrôle.

Et je n'avais pas été aussi angoissée par rapport à ces contrôles avant. Je trouve que depuis que je suis mère, et c'est ça que je me réveille en travaillant, j'ai besoin de savoir que tout va bien, et qu'on a un plan B, et que, je ne sais pas, qu'on peut gérer n'importe ce qui arrive. Et je pense que c'est un besoin un petit peu de prendre soin de l'autre quand tu es mère.

Je sais que je pourrais toujours m'en sortir, non? Mais c'est vrai qu'on dépend beaucoup aussi de mon travail, que c'est moi qui ai la stabilité d’abord dans notre famille. Donc, mon mari, il change souvent de travail, il va y avoir des périodes où il ne travaille pas. Et donc, il y a aussi ce côté de, je ne veux pas s'étonner les autres, tu sais, je ne veux pas, je ne veux pas qu'on se retrouve à la rue.

Et je sais que ça ne va pas arriver, mais il y a une partie de moi qui a un petit peu peur de ça.

Inma est angoissée. Son besoin de contrôle grandit. La recherche dit que le besoin de contrôle est un impératif biologique pour la survie. Une stratégie d'adaptation à un certain manque de sécurité qu'on pourrait percevoir. En fait, croire en nos propres capacités à exercer un contrôle sur notre environnement est essentiel à notre bien-être.

Mais à l'excès, ce besoin se traduit par de l'anxiété, de l'hyper-vigilance et des difficultés à lâcher prise. Je demande à Inma comment elle fait pour gérer ses angoisses, ses peurs même, qu'elle n'arrive pas toujours à raisonner. 

Moi, je suis la femme des mille et un plans.

Donc moi, la manière que je gère ces temps-là, c'est à planifier en fait. Je pense, ok, bon, donc si ça arrive, je peux faire ça, je peux faire ça, je peux faire ça, ok. Il y a des options.

Ça va. C'est quand il n'y a pas d'options que pour moi, les émotions montent et je me sens hyper émotionnelle, hyper pas régulière. Donc, il faut que je puisse penser à des options.

Je pense que c’est devenu presque une partie de ma personnalité, de ce que j'ai contrôlé, de tout ça et je ne vais pas. Donc, j'essaie de trouver. Je n'ai pas encore trouvé quoi ça m'aiderait.

J'essaye avec le yoga, l'exercice et tout ça. Donc, je suis dans ces recherches. 

Ça fait partie de tes redécouvertes ? 

Oui, c'est ça. Ça fait partie de voir qu'en fait, j'étais en train d'utiliser des mécanismes qui ne sont pas super bons pour ma santé mentale. Donc, il faut réorienter, il faut retrouver des autres mécanismes pour gérer le stress. 

Tu te souviens du moment où tu as réalisé que c'était finalement problématique ou pas très bon pour toi? 

Je pense que ça a été effectivement quand on est atterri ici, surtout l'année dernière.

Cette année, il y a eu plusieurs problèmes qui n'étaient pas aussi grands. Mais mon fils avait des trucs à l'école. Mon mari n'était pas super content avec son autre emploi.

Et en fait, je me sentais hyper angoissée, hyper stressée, hyper à la défensive, hyper tense. Je ne dormais pas bien et tout. Et je me dis, mais ce n'est pas aussi grave que ça.

Pourquoi ? Pourquoi je le prends comme une chose énorme quand ce n'est pas aussi grave ? C'est là que j'ai commencé à me questionner à moi-même et comment je gérer les choses. Parce qu'en fait, c'est ça, c'est retrouver un endroit où je n'ai pas dû être dans l'action continue qui m'a permis de me poser et de voir peut-être qu'il faut changer quelques trucs.

Donc tu penses finalement… C'est marrant parce que tu as à la fois envie de te poser et à la fois, tu as quand même envie de repartir.

Oui, on est tous en contradiction. Je pense qu'on vit dans un monde de contradictions et que chacun a la même passion. Bon, là, plusieurs contradictions.

On vivrait dans un monde où on veut faire des biens pour l'environnement, on veut prendre soin parce qu'on connaît le climat change et tout ça. Mais en même temps, on prend des vols à l’autre côté du monde. Donc, je pense qu'on est tous plein de contradictions et ça, c'est une contradiction à moi.

Je vais explorer, je vais partir. Mais en même temps, je sais que ça me fera du bien de me poser. Donc, il y a ces contradictions.

Ça dépend des jours. Tu me demandes un jour et je te dis oui, je pars demain. Et tu me demandes le jour d'après, je te dis peut-être qu'on va rester ici quelques années.

Est-ce qu'avant, c'était plus clair pour toi que tu avais vraiment, tu sais, c'est ce chapitre de ta vie où tu es toujours dans le voyage, tu es dans ton pèlerinage. Est-ce que tu avais l'impression que là, tu te posais moins de questions et puis tu pouvais juste faire tes petits sauts de puce autour du monde qui était devenu tout petit ? 

Oui, mais c'est parce que j'avais que moi pour prendre soin. Donc, je pense que pour moi, vraiment, ça a changé tout.

Et comme j'ai dit, j'ai une famille géniale. Ma famille m'a toujours, toujours soutenue. Et pour moi, ça a été mon filet de sécurité en fait.

Je pouvais partir très loin. Je pouvais faire, je sais pas, je suis partie faire un volontariat au Pérou, à travailler dans son orphelinat là-bas parce que je savais que je pouvais toujours retourner à la maison. Je savais que s'il arrivait quoi que ce soit, je pouvais appeler.

J'avais toute une famille qui pouvait m'aider. Donc, j'avais que moi pour prendre soin. Donc au final, ça a été, c'est facile quand c'est comme ça.

Après, j'ai eu mon fils, mon mari, tout ça, c'est pas aussi évident. Parce que si je me trompe, c'est pas que moi qui paie les conséquences au final. Je pense aussi que la mort de mon père, ça a aussi tout bouleversé d'autre côté parce que mon père, il a été aussi une bonne partie de ce filet de sécurité, lui.

Donc, je pense que ça a fait que je me sentie moins en sécurité, moins comme ça, moins que le monde, il a été à moi. Tu sais, que le monde, il a été là et tu pouvais aller l'explorer, essayer des choses parce que c'est pas grave. Pendant que maintenant, oui, c'est grave des fois.

C'était quoi chez ton papa qui te rassurait ? 

Je pense que c'est l'homme le plus rassurant qui a jamais existé. Il a été, tu sais, il a été élevé à l'ancienne école. Il a été militaire, travaillé dans l'armée et il a été toujours là pour moi.

Maintenant, je sais que ça n'a pas dû être très facile pour lui et je sais que ça n'a pas dû être très bon pour sa santé mentale, mais je n'ai jamais vu pleurer à mon père. Il a été toujours centré, toujours à savoir quoi faire, toujours savoir où répondre, toujours là. Il a été vraiment une roche qui ne bougeait pas.

Donc, tu savais que tu pouvais toujours se compter avec lui parce que n'importe quoi, il sera là. 

Inma perd son papa, son rocher sur lequel elle savait qu'elle pouvait s'appuyer. Avec son fils, elle découvre l'amour inconditionnel et la beauté de l'humanité.

Elle réalise que nous, humains, ne sommes pas si égoïstes que ça, que pour ces petites personnes, on serait capable de tout. Le revers de la médaille, c'est qu'elle doit aussi porter cette responsabilité pour le bien-être de son fils. Elle voit que les changements l'impactent.

Elle se questionne. Elle se demande ce qu'elle veut pour lui. Elle a presque l'impression que s'il repartait, elle lui piquerait la chance de grandir, entourée de sa famille.

Mais ce n'est pas tout. Elle nous raconte ce qui la réveille la nuit, quand ça ne va pas. 

Je ne sais pas si à toi ça t'arrive, mais des fois, les conversations qui n'ont jamais eu lieu et qui ne vont jamais avoir lieu, c'est... tu as une conversation avec une personne et tu reproduis ces conversations comme ça, comme tu penses que ça a dû avoir lieu.

Et tu repenses à la conversation, tu veux dire ça, contredire ça, pourquoi j'ai dit ça. Je prends les choses vraiment à cœur, donc il faut que j'apprenne. Mon mari, mon fils, ils sont mieux que moi à ça et j'ai une chose à apprendre d’eux.

En fait, à lâcher prise et à laisser le passé derrière. En fait, quand moi j'ai fait une erreur ou j'ai fait une chose que moi je pense que ce n'est pas bien fait, j'ai mal à lâcher, à dire bon, c'est dans le passé, tant pis, je ne fais pas mal, je vais faire mieux la prochaine fois. Et je suis assez sévère avec moi-même, mes standards pour moi-même sont assez hauts, je veux faire les choses bien.

Il m’intrigue, ce jugement qu’Inma a sur elle-même. Je me demande, et je lui demande aussi, ce vers quoi elle tend. Qu’est-ce qu’elle imagine ? C’est qui, cette personne idéale qu’elle essaye d’être et contre laquelle elle se mesure si durement ?

C'est une femme qui a tout sous contrôle, mon être idéal. Mais ce n'est pas possible. 

En fait, ça serait une femme qui a tout sous contrôle, mais à qui ça convient très bien et que ça ne stresse pas du tout, c'est ça ? 

Oui, oui, oui.

Quelqu'un qui est juste, mais en fait un peu comme ton papa, non ? 

Oui, peut-être, oui. J'admire beaucoup mon père. 

Même si quelque part, Inma rêve de contrôle, d'être ce parent idéal, ce rocher sur lequel se reposer, elle sait que ce n'est ni faisable, ni même souhaitable.

Que ça reste une façade, qu'on est toutes et tous à notre manière, parcourus de ces petites fissures avec lesquelles on doit composer. 

La phrase que je me répète beaucoup à moi-même tous les jours, c'est qu'on est notre meilleure version. Tous, pas que moi, et on fait tous le mieux qu'on peut.

Et ça m'aide beaucoup tous les jours, pas seulement à être un petit peu moins cruelle avec moi-même, mais aussi avec les autres. C'est-à-dire, moi, ces personnes, elles n'arrivent pas à faire ce que j'aimerais qu'elles fassent, ou à remplir les besoins que j'ai, mais elles font leur mieux. Donc, on ne peut pas pousser plus loin, en fait.

On est tous en train de galérer. On a toujours cette idée que notre mieux, ce n'est pas suffisant. Et on peut pousser plus loin, parce que ce n'est pas suffisant.

Et on est hyper cruels avec nous-mêmes, oui, définitivement. Et si on se regardait avec le regard des autres, je pense qu'on dirait, oh, on n'est pas mal. 

Ce n’est pas juste elle-même qui si met la pression. Elle réalise que ça vient de quelque chose de plus grand qu’elle. D’un idéal que nous véhicule la société.

J'ai l'impression qu'il faut qu'on ait des parents parfaits qui contrôlent tout, qui aident ces enfants, qui sont supportifs, qui écoutent ces enfants, qui les aident émotionnellement.

Qui les aident avec les devoir, qui les amènent. Mais en même temps, il faut qu'on ait aussi une vie à côté, parce que la vie ne se finit pas avec nos enfants. Donc, il faut qu'on soit des bons copains, copines, des bons travailleurs, des bons amoureux, des bons… 

Tu sais, il y a beaucoup d'expectatives, au final. La société nous dit, oui, il faut prendre soin de sa santé mentale, il faut s'accepter. Mais en même temps, il y a des expectatives impossibles, en fait.

Donc, ces contradictions, ça se trouve dans nous aussi, qu'on a même la pression pour nous accepter. 

Et puis ma question finale. Si elle pouvait laisser une petite alarme positive, un signal lumineux à celles et ceux qui nous écoutent, ça serait quoi ?

On est tous là, on est tous là dans une découverte perpétuelle. À découvrir qui nous sommes et à gérer.

Et on gère tous comme on peut. Et ça, on fait tous le mieux qu'on peut. Je pense que c'est hyper positif de se rendre compte qu'on n'est pas seul.

Qu'on est tous là et qu'on a tous aussi envie de partager et de nous aider entre nous. Donc, parler et poser les choses sur la table, je pense qu'il aide beaucoup. 

C’était Inma, dans pas de raison de s’alarmer.

Si tu te reconnais dans ces tensions entre accepter qu’on ne va pas bien et une nécessité de paraitre ; entre un besoin de contrôle et une urgence de lâcher prise ; ou entre l’envie de se retrouver soi-même et une vie trop pleine pour réfléchir… tu n’es pas seul. 

J’espère que l’épisode d’aujourd’hui te l’aura fait sentir. 

Si tu aimé cet épisode, n’hésite pas à le partager autour de toi, et à t’abonner. 

A bientôt, pour de nouvelles rencontres et de nouveaux partages. 

D'ici là, pas de raison de s'alarmer. Tchô !