Pas de raison de s'alarmer
Tu vas bien. Enfin… tu vas bien, mais pas tout à fait.
À travers des conversations avec des personnes comme toi et moi, on explore nos doutes, nos inquiétudes, nos angoisses – et comment vivre avec.
Pas de raison de s’alarmer, un podcast pour apprivoiser nos fragilités et apprendre, peut-être, à s’alarmer un peu moins.
Pas de raison de s'alarmer
Ce qui m’alarme — ombres et lumière
Use Left/Right to seek, Home/End to jump to start or end. Hold shift to jump forward or backward.
Pas de raison de s’alarmer est né un soir de janvier. Pelotonnée sur mon canapé, les pensées tournent et m’écrasent : Qu’est-ce que je n’ai pas compris ? Pourquoi je répète toujours les mêmes schémas ? Pourquoi je n’arrive pas à être satisfaite ?
J’ai réalisé que je n’étais sûrement pas la seule à vivre ces nuits-là… Et que ça serait bien plus sympa de partager, plutôt que de s’alarmer chacun dans son coin de canapé.
Ce podcast est devenu ma façon d’envoyer des petits signaux lumineux, de dire qu’on est toutes et tous dans la même galère, en train d’essayer.
Et peut-être qu’ensemble, on arrivera un peu mieux à sentir la magie du quotidien.
Bienvenue dans Pas de raison de s’alarmer,
le podcast pour les gens qui vont bien, mais pas tout à fait.
Je m’appelle Emmanuelle.
Je suis chercheuse, enseignante, enthousiaste, bourrée de contradictions.
Et dans l’épisode d’aujourd’hui, je vais te raconter comment ce podcast est né. Je vais te raconter un bout de mes alarmes.
Ca commence début janvier, pelotonnée sur mon canapé
au milieu de la nuit,
Tu sais, ce moment où tu te sens seul au monde. Y a que toi. Tout le reste est endormi. Et pui les idées tournent et tournent, et ça va pas toujours dans la bonne direction…
Je venais de décider d’arrêter ma reconversion professionnelle dans l’enseignement secondaire.
C’était une décision lourde, réfléchie. Clairement la bonne pour moi.
Mais, prise assez brutalement.
J’adore enseigner à l’université mais à l’école, ça me stressait énormément.
A un point où j’ai été obligée de m’avouer que j’allais craquer si j’arrêtais pas. J’allais à l’école le matin la boule au ventre. A me demander à quelle sauce j’allais être mangée… Je crois qu’objectivement, tout allait plutôt pas mal mais je me sentais absolument pas à ma place.
Donc dans l’ensemble, j’étais soulagée.
T’imagines pas, j’étais soulagée de plus devoir vivre cette panique, ces cauchemars, cette sensation d’être en danger.
J’étais aussi contente d’avoir agit, d’avoir décidé seule, pour moi-même.
Sans attendre la validation de qui que ce soit.
C’était pas évident mais je me suis dit… C’est ma vie. Personne ne va choisir à ma place où je dois aller.
En fait c’est tellement plus confortable, tellement plus sécurisant quand les autres sont là pour te prendre la main et te rassurer. Te dire que c’est ok. Te dire que tu vas être ok.
Malgré ce soulagement et cette fierté fragile
je me sentais aussi…
complètement looser.
Tu sais, quand tu te lances dans une reconversion,
Ou quoi que ce soit de nouveau en fait
Même t’es conscient que ce ne sera pas simple,
Quelque part, tu y crois.
Tu t’accroches à cette idée que
ça va marcher.
Tu te dis à toi même, cette fois,
C’est la bonne.
Et puis non.
Et cette nuit-là,
J’étais écrasée par ces émotions
de honte,
de déception
de tristesse,
d’impuissance.
J’ai toujours cette foi inexplicable et inébranlable que ça va aller.
Mais parfois, le reste est tellement lourd, je la sens même plus.
Et ça m’a ramenée a un schéma connu, un schéma que j’ai l’impression de répéter à l’infini.
J’ai toujours eu de très grands rêves.
Flous, un peu naïfs un temps,
Dans la lignée de sauver le monde.
Quand j’étais petite,
j’étais convaincue que c’était la seule chose qui faisait du sens, sauver le monde.
On a cette vie, comme un cadeau, alors, clairement, on doit faire quelque chose de grand et quelque chose de beau avec.
Si tu connais Minus et Cortex, tu comprendras peut-être que oui, j’ai un petit côté Cortex / conquête du monde.
Et puis j’ai grandi.
J’ai compris que sauver le monde,
ce serait peut-être compliqué.
Alors j’ai ciblé le rêve.
Je me suis dit :
avoir un impact positif, ce serait déjà pas mal, non ?
Mais comment ?
J’ai étudié, longtemps.
J’ai fait un doctorat
J’étais à l’aise dans ma tête.
Moins avec les autres.
Adolescente, j’étais extrêmement timide.
Même en devenant adulte,
en apprenant à prendre plus de place, à me dire que j’avais peut-être des choses à dire, moi aussi.
il y avait toujours une partie de moi
qui préférait rester planquée derrière un écran.
C’était plutôt confortable.
Ca me protégeait.
J’ai travaillé dans le développement international.
Avec beaucoup d’idéalisme, c’est ce qui me portait.
Mais assez vite,
Ca été remplacé par de questions éthiques.
Des zones grises.
Un grand malaise.
Ensuite, un mélange de hasard et de douleurs chroniques au dos a fait que je me suis tournée vers la recherche en santé.
J’ai atterri au CHUV, c’est l’hôpital de Lausanne, dans les soins palliatifs.
Et là-bas, une partie de mon job de chercheuse qualitative, c’était de recueillir les récits de personnes en fin de vie, pour essayer de comprendre ce qu’on appelle la croissance post-traumatique, ça veut dire : comment certaines personnes arrivent à grandir, psychologiquement, après avoir dû faire face à l’adversité, à des traumatismes majeurs. Ça peut être développer une perception de soi plus positive, de meilleures relations aux autres…
Ces récits de vie, avec des personnes en soins palliatifs, ça a été des rencontres magnifiques
Tout à coup j’avais des personnes que je connaissais pas qui se racontaient à moi sans filtre.
Et j’ai découvert à quel point les gens sont à la fois vulnérables et forts
quand ils se sentent vraiment écoutés.
À quel point ils peuvent se livrer, offrir des choses profonde, intimes, touchantes… Moi ça me touchait énormément.
Et sans m’en rendre compte,
j’ai changé de posture.
Je me suis ouverte.
Je crois que j’ai toujours été dans le fond une extravertie
qui n’a pas compris qu’elle l’était.
Et donc ce lien aux autres m’a fait un bien immense.
Mais malgré ces beaux moments, tous ces cadeaux de la vie.
ma trajectoire professionnelle est restée bancale.
Des contrats courts.
Un an ici, un an là.
Une impression de stagnation,
D’insatisfaction aussi
Beaucoup d’instabilité.
Et finalement le sentiment de pas faire assez, pour ces gens qui vivent des moments tellement durs.
Ce sentiment de décalage.
Entre ce que je faisais
et la vision que j’avais de ma vie.
Et donc cette nuit-là,
Sur mon canapé
avec cette reconversion avortée,
les vieilles questions sont revenues.
Qu’est-ce que j’ai raté ?
Qu’est-ce que je n’ai pas compris ?
Pourquoi j’ai l’impression de toujours reproduire les mêmes schémas ?
Pourquoi je n’arrive pas à me poser,
à être satisfaite ?
Sauf que pour une fois, j’ai eu une idée
Je sais que je ne suis pas la seule à vivre ces moments, à me poser ces questions.
Je pense même être avec la majorité sur ce coup
Donc, je me suis dit,
si, au lieu de rester avec mes pensées qui tournent en boucle,
je les partageais ?
Ou encore mieux en fait, si je demandais aux autres ce qui les angoisse eux, ce qui les pousse dans leur coin de canapé à eux ?
Parce qu’ensemble,
je crois qu’on gérerait mieux.
Et comme pendant cette période, je regardais une série avec des podcasteurs, le format s’est imposé.
Et puis, y a une autre raison, que je n’ai pas vu tout de suite
Cette raison, c’est
Mon frère.
Mon frère c’est quelqu’un de chou, de doux, d’un peu mou.
Un jour ma mère m’a dit quelque chose que j’ai jamais oublié.
C’est que j’étais né sur une fourmilière, et lui sur une limacière.
Je crois qu’y a du vrai là-dedans.
Et mon frère,
Il y a quelques années,
il s’est peu à peu retiré du monde.
Coupé de sa famille.
De ses amis. De tout.
C’est une personne brillante et extrêmement sensible,
Je crois que les injustices le heurtent très violemment…
Comme la violence des systèmes dans lesquels on vit
Tu vois, tout ce qui met le profit avant l’humain,
l’ego avant le partage.
Ca lui fait mal.
Et il a vécu des choses dures.
Je pense que c’est quelqu’un de trop fragile, de trop doux, de trop sensible pour ce monde.
Et donc j’imagine que pour lui,
C’est devenu trop lourd à porter. C’est devenu insupportable
Et sans que je le réalise au départ, ce podcast,
C’est aussi une réponse à ça.
à ce sentiment d’impuissance totale que j’ai, d’impossibilité d’être là pour quelqu’un que j’aime mais qui a choisi de disparaitre. Ou en tout cas qui a disparu.
Mais je t’ai dit, quoi qu’il arrive, même quand je suis au fond du trou, j’ai toujours de l’espoir. J’essaye de faire ce que je peux.
Et ce que je peux, à ma minuscule échelle de coin de canapé, c’est envoyer des petits signaux lumineux, des petits éclairs pour dire : on n’est pas seuls.
On est tous dans la même galère
Et si on partageait ces choses qui nous rongent
Peut-être qu’on se sentirait un peu mieux
Un peu plus forts, compris, connectés.
Qu’on n’aurait pas envie de disparaitre.
Et qu’on arriverait plus à percevoir la magie dans le quotidien.
à se dire que pour la plupart, les gens sont vachement cools quand même !
Donc tu vois, pour moi, partager
C’est faire de la résistance.
Alors résistons, mes amis. Ensemble
Voilà, c’était un bout de la naissance de Pas de raison de s’alarmer.
un bout de mon histoire.
Peut-être qu’elle ressemble à tienne et que tu te dis que dans le fond, toi et moi, on est un peu pareils.
Quand j’entends les gens que j’interview, c’est souvent ce que je me dis en tout cas.
Et c’est ça qui est magnifique.
Se sentir connecté.
Alors, sur ce petit éclair d’optimisme,
Merci de m’avoir écoutée et à très vite pour un nouvel épisode
D’ici là, n’oublie pas : pas raison de s’alarmer.
Et… tu n’es pas seul.
Tchô !