Pas de raison de s'alarmer

Ce qui alarme Annick — desserrer le silence

Emmanuelle Season 1 Episode 9

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Annick, infirmière indépendante et étudiante en master, traverse une période de transition où elle tente d’équilibrer travail, études et vie familiale. Elle retrace la naissance de sa vocation, un mélange d’altruisme, d’amour des autres et de doutes persistants qui ont accompagné ses débuts comme ses expériences dans des contextes parfois extrêmes, notamment la prison. 

Le suicide d’une patiente marque durablement sa pratique et renforce sa conscience de la responsabilité du soin. Après un burn-out pendant le Covid, elle retrouve peu à peu ses repères et décide d’approfondir sa voie en reprenant des études, portée par l’envie de contribuer à la recherche et d’améliorer le système. Aujourd’hui, elle avance vers plus de confiance, déterminée à rester fidèle à ses valeurs et à transformer ses fragilités en force.

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Bienvenue dans ce nouvel épisode de Pas de raison de s'alarmer, le podcast pour les gens qui vont bien, mais pas tout à fait. Je m'appelle Emmanuelle, je suis chercheuse, enthousiaste, bourrée de contradictions. Et depuis quelques temps, j'ai la chance d'avoir des conversations extraordinaires avec des personnes comme toi et moi, qui s'ouvrent et racontent ce qui les alarme et ce qui les anime. Aujourd'hui, c'est Annick qui nous offre un bout de son histoire. Une histoire faite de doute, de valeur forte et d'envie d'avancer. Annick, c'est quelqu'un qui aime bouger, découvrir, changer. Elle est infirmière indépendante, un métier exigeant qu'elle exerce avec engagement. Et en parallèle, elle a décidé de reprendre un master en sciences infirmières. Une formation dense, mais qui l'anime profondément. Je suis un peu dans ce mouvement de m'adapter dans cette nouvelle dynamique d'étudiante, de travailler un petit peu, d'être à la maison, donc la vie familiale et privée. C'est vrai que ma vie privée, elle est un peu mise de côté là, parce qu'on ne peut pas tout faire en même temps, je dirais, mais c'est le temps d'un moment, puis je suis ok avec ça. Les derniers mois ont été synonymes de transition pour Annick. Elle apprend, se transforme, tente de tenir ensemble la vie familiale, le travail et les études. Son métier d'indépendante rend les choix plus lourds encore. L'éléguer, renoncer à certains passions, remettre en question son activité qu'elle envisage de mettre entre parenthèses. Je suis en train de me poser la question si je vais continuer ou pas. Ça me prend beaucoup, beaucoup de temps. Et pour moi, d'être sur trois fronts comme ça, c'est d'être professionnellement active, d'être à la maison. de gérer mes études, c'est quand même assez difficile. Quand elle remonte à la source de sa vocation, de son parcours de vie, c'est l'enfance qui apparaît. Mais au fond de moi, je pense que j'ai toujours vraiment su que je voulais faire infirmière. J'habitais dans une ferme. Et puis, comme mes parents avaient la ferme, je soignais les animaux. Mais je n'étais pas très à l'aise avec les animaux. J'étais beaucoup plus à l'aise avec le monde. Et puis, je me souviens quand même que je souffrais passablement de cet isolement Moi, j'aimais bien rencontrer les gens. J'étais avec ces animaux. Ce n'était pas mon élément. Je n'aurais pas fait de vétérinaire. Du coup, je pense que l'amour des gens, je l'ai eu depuis toute petite. Vraiment. C'était surtout les personnes âgées. Je les trouvais sages. Je ne sais pas, ils m'attiraient. Ils m'intéressaient. Et puis, moi, j'aime ma tante qui est infirmière. J'ai toujours trouvé très beau ce qu'il faisait comme métier. Devenir infirmière n'a pas été un déclic, mais une évidence. Une intuition ancienne, une manière d'être au monde, d'aimer. Des valeurs dans lesquelles Annick se retrouve pleinement. Je dirais qu'il y a l'altruisme, c'est vraiment vouloir aller vers l'autre. Il y a l'ouverture aussi. Il y a la valeur de l'amour, je dirais. Pour aimer les gens, pour les soigner. Je ne vois pas comment on peut faire autrement si on ne les aime pas. Pour moi c'est une vocation, au-delà d'une valeur. C'est vraiment l'amour, c'est vraiment... Je pense qu'on a ça, on ne l'a pas. Mais cet amour n'empêche pas la peur de ne pas être à la hauteur. Annick raconte ses premières années. Déjà au départ, je trouvais que c'était difficile. C'est un métier qui demande beaucoup de compétences. Et puis, j'ai vraiment douté. Je me suis dit, je ne sais pas si j'ai finalement toutes ces compétences, si je vais y arriver, si je vais être comme ma... Comment dire ça

UNKNOWN

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Cette infirmière qui est diplômée à côté de moi. Donc oui, j'ai beaucoup douté. de ma formation. Ça n'a pas été facile pour moi. Avec l'expérience, elle comprend que les doutes ne disparaissent jamais vraiment. Ils font partie du métier. De cette exigence envers soi-même, de cette réflexion permanente. Moi, je dirais que c'est avec le temps. L'expérience conscrit vraiment cette identité. Cette identité, en fait, elle évolue avec le temps. Elle ne reste pas figée.

UNKNOWN

Elle me suit.

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Son parcours l'amène dans différents milieux. Médecine, soins à domicile, EMS, psychiatrie, et même la prison. Un contexte qui l'effraie d'abord et qui la marque profondément. Les émotions y sont fortes, brutes. La colère, la peur, la honte parfois. Beaucoup de détresse, mais peu de moyens pour y répondre. Impossible de voir les patients seuls, il faut être accompagné d'un gardien. La communication se fait par une petite ouverture dans un mur, de la taille d'une boîte aux lettres. Comme dans les films. Seulement, c'est bien le réel. des obstacles qui ne laissent pas la place à la relation et des drames. Un jour, une femme arrive en grande souffrance. Emprisonnée depuis peu, elle communique par petits mots glissés dans l'ouverture de la porte. Elle est quand même venue genre là vers moi, puis me dit« Ouais, j'ai besoin de ma pastille là, sinon ça ne va pas aller.» On me l'a arrêtée. C'est arrivé le vendredi, moi je suis arrivée en samedi le week-end. D'après ce que j'ai compris, c'était un antidépresseur. Après, j'avais regardé avec le médecin, puis La médecin de garde a dit, on attend jusqu'à lundi. Et puis en fait, cette dame, je la voyais s'isoler vraiment. En fait, elle s'est suicidée. Le soir, quand je suis revenue, elle n'était plus là. Mais en fait, ils n'avaient pas vu qu'elle s'était suicidée. C'est moi qui l'ai retrouvée. Je leur avais dit, mais vous faites attention. Par contre, j'avais dit, vous faites attention, cette dame, je ne la sens pas bien du tout. Regardez qu'elle mange, qu'elle soit là. C'est quand je suis passée le soir que j'ai vu qu'elle n'était plus là. Un événement qui la touche profondément, sans la hanter, mais il laisse une trace. Une vigilance accrue, une conscience plus fine de la responsabilité du soin, des limites que les structures peuvent imposer, et de la charge immense que les infirmières portent parfois seules. Pour elle, parler des difficultés n'a jamais été simple. Elle dit avoir toujours été réservée, peu habituée à être écoutée, peu habituée à se confier... C'est aussi à travers ces difficultés que ça a forgé qui je suis, tu vois. Donc oui, il y a eu des moments de blague, c'est sûr. Il y a eu des moments de blague, notamment quand un collègue part, on fait une farce, puis on rigole tous. Oui, il y a eu des moments géniaux, ça c'est clair. J'ai rencontré des collègues superbes, on a eu des soirées superbes. Mais il y a eu aussi des moments où je trouve qu'ils sont difficiles, et je trouve difficile d'en parler. Je n'en ai jamais vraiment parlé. Je pense que c'est la première à qui vraiment je... Je suis quelqu'un de très... Comment dire

UNKNOWN

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SPEAKER_00

En fait, je ne parle pas tellement de ça. Déjà aussi à cause du secret professionnel. Je garde ça pour moi. Je pense que ça fait des années que j'y garde plein de choses au fond de moi. Et je n'en parle pas. Elle garde tout mais tient, la nature est son refuge, un espace pour respirer, se ressourcer. Elle nage, elle court, elle marche, toujours à la recherche de ces instants de calme qui lui permettent de se recentrer. Et puis vient Covid. La pandémie en est assez dure. L'isolement, les décès, les familles désemparées, la peur, l'absence d'animation, les chambres fermées. Après le Covid, trois ans après, j'ai fait un burn-out. Vraiment, j'étais tellement épuisée qu'en fait, je n'arrivais plus à continuer. Puis c'est à ce moment-là que je me suis dit, mais si je dois continuer, c'est quoi

UNKNOWN

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SPEAKER_00

Donc là, j'ai été arrêtée quelques mois, je crois trois, quatre mois, un truc comme ça. Et puis là, vraiment, je pensais arrêter. Donc j'allais, dans ma tête, je m'imaginais, mais qu'est-ce que je vais faire

UNKNOWN

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SPEAKER_00

Parce que j'étais vraiment épuisée. Je n'arrivais plus à donner de moi-même. Et puis en fait, avec le repos, les choses se sont calmées. Parce qu'en fait, quand on trouve un burn-out, c'est vraiment... On perd son identité, on perd ses valeurs, puis on ne sait plus tellement qui on est. C'est la sensation que j'ai eue. Je me suis sentie vidée. Je pense que c'était la question de savoir si je voulais poursuivre ma profession. C'est là qu'inévitablement, je me suis posée quand même cette question. J'ai retrouvé un peu qui j'étais avec le repos. J'ai retrouvé mes repères, j'ai retrouvé mes valeurs. Et puis du coup, j'ai repris le goût à mon travail. Au fil de son parcours, Annick réalise à quel point ses valeurs personnelles et professionnelles sont liées, tissées ensemble. Que l'équilibre entre les deux est essentiel. Et que lorsque cet équilibre existe, tout devient plus fluide. Elle voit aussi les forces et les failles du système de l'intérieur. Et peu à peu, l'idée s'impose. Elle veut contribuer autrement, participer à améliorer ce qui peut l'être. C'est pour ça qu'elle décide de reprendre un master. Elle veut entrer dans un autre mouvement. Un mouvement vers l'extérieur. Prendre la parole, se montrer, et vers l'intérieur qui lui permet de mieux comprendre qui elle est, ce vers quoi elle tend. J'ai vraiment envie de sortir de cette coquille, mais c'est pas facile parce que ça fait des années que je fonctionne comme ça. Je suis très timide et je n'ai pas forcément très confiance en moi. Et quand je regarde les gens, je me dis« Oh mon Dieu, qu'est-ce qu'ils pensent de ce que je dis

UNKNOWN

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SPEAKER_00

» En fait, des fois j'ai des phrases comme ça qui viennent dans la tête. Et puis le but c'est aussi que je puisse me dire« Non, je brille aujourd'hui devant tout ce public.» C'est de changer un peu ce mindset-là. Elle se découvre un goût réel pour la recherche, l'envie de contribuer au progrès du soin. J'aimerais participer à des projets de recherche. J'aimerais vraiment être actrice du changement, du progrès. Et vraiment, j'aimerais pouvoir trouver les meilleures pratiques, les meilleurs éléments, les meilleurs outils pour faciliter vraiment le soignant, le soigné, la famille. Pour Annick, la réussite, ce n'est pas un moment précis. C'est rester fidèle à son métier, à ses valeurs, à son parcours singulier. La réussite, elle s'intègre aussi dans le processus de votre métier. Ça veut dire que c'est vrai qu'il y a beaucoup d'infirmiers qui abandonnent. Deux ans, trois ans de carrière. Et puis en fait, moi je suis toujours là. J'ai envie de dire que c'est déjà une belle réussite. Vraiment, ma réussite, c'est aussi de me dire, voilà, finalement, mon parcours n'est pas atypique. Ça veut dire que je suis partie dans le somatique, après je suis comme une expérience à la présente, après je me suis mise indépendante. Donc finalement, dans les contextes, il y a une grande diversité aussi.

UNKNOWN

Je trouve que c'est une grande richesse.

SPEAKER_00

Et puis je ne sais pas, demain, dans un an, dans deux ans, je sais que je serai. Et puis c'est ça qui est génial. Quand je lui demande ce qu'elle dirait à la jeune infirmière qu'elle était, elle réfléchit un moment avant de répondre. Je pense que j'aurais plus tendance à me rassurer, à me dire que tout va bien se passer, que je vais trouver ma place. C'est un très beau métier. Un métier qu'elle idéalise encore, mais surtout un métier qu'elle comprend plus intimement aujourd'hui, dont la beauté est liée à l'amour des autres. Pour elle, chaque patient est un monde, chaque besoin est différent. C'est ce qui rend la pratique infirmière exigeante, mais aussi profondément humaine. C'est vraiment la richesse du vécu de chaque client, de chaque patient, de chaque résident. Et moi j'ai toujours été très passionnée par... par l'anamnèse en fait, par leur vécu, comment ils sont arrivés là, leur parcours de vie, leur famille, toute l'anamnèse, puis comment ils sont tombés malades, qu'est-ce que ça signifie pour eux, leur maladie. Je dirais que c'est la richesse de chaque personne que j'ai accompagnée. parcours, elle ne l'avait pas imaginé. Étudiante, elle rêvait d'humanitaire, de médecine tropicale, puis la vie a pris un autre chemin. Et elle ne se voit pas dire aujourd'hui où elle sera dans deux ans. Elle se laisse guider, elle a confiance. C'était Annick, l'histoire de sa vocation, de son amour de l'autre, ses doutes, sa résilience, sa transformation. Annick nous rappelle qu'on peut aimer profondément son métier et pourtant douter, s'épuiser, tomber et repartir. Qu'on peut être solide et trembler, passionné et fatigué. Et qu'il n'est jamais trop tard pour s'ouvrir, à soi comme aux autres. Que la recherche de sens est un long chemin, sinueux, mais qu'il vaut la peine d'être emprunté. Si tu te reconnais dans des difficultés à parler de toi, à te confondre, si tu te sens pas toujours à la hauteur, si tu craques ou trébuches parfois, tu n'es pas seul. Le message d'Annick c'est ça aussi, ne pas savoir ce n'est pas une faiblesse. Et parfois, en se faisant confiance, tout devient un peu plus léger. Sur ce petit éclair d'optimisme, merci d'avoir écouté. Si tu as aimé cet épisode, n'hésite pas à le partager. Peut-être que quelqu'un autour de toi en aura besoin. A très vite pour un nouvel épisode. Et d'ici là, n'oublie pas, pas de raison de t'alarmer.

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Ciao!